Bolivie : contre l’offensive fasciste

Par Clémentine Autain | 12 novembre 2019

Le coup d’état qui a lieu en ce moment en Bolivie appelle de notre pays une réaction diplomatique forte et vigoureuse, tant les droits les plus élémentaires y font l’objet d’une attaque organisée de la part de groupes fascistes armés.

Evo Morales, premier Président indigène de Bolivie et instigateur d’une politique sociale qui a profondément transformé le pays ces dernières années, a été forcé de quitter son pays sous la menace de l’armée, de la police, et de groupes paramilitaires. C’est le signe d’une menace grave qui pèse aujourd’hui sur l’État de droit bolivien tout entier.

Voir l’humiliation vécue par certains de ses soutiens (je pense à la maire de Vinto qui a été tondue, aspergée de peinture rouge et forcée de marcher pieds nus sur plusieurs kilomètres), voir le racisme guerrier complètement décomplexé de certains opposants tels que M. Camacho qui appelle à « traquer les traitres du MAS » et « les indigènes » tout en promettant de « ramener Dieu au Palais brûlé », lire les provocations de Trump qui parle d’un « moment significatif pour la démocratie dans l’hémisphère ouest » et en profite pour menacer le Venezuela et le Nicaragua… tout cela ne peut qu’indigner et soulever les cœurs.

Alors oui, je sais le flou sur les irrégularités qui ont pu entacher le dernier scrutin, et qui ont amené Evo Morales à promettre de nouvelles élections très prochainement. Je sais aussi les critiques dont il fait l’objet depuis qu’il a, en 2016, passé outre les résultats d’un référendum pour briguer un nouveau mandat. Mais les événements de ces derniers jours ont provoqué un climat de guerre civile instrumentalisé aujourd’hui par une extrême droite guerrière qui n’hésite pas à persécuter ses adversaires et à violenter leurs proches.

Alors que la France accueille aujourd’hui un « Forum de Paris sur la paix » consacré à la promotion du multilatéralisme, notre voix reste dramatiquement muette sur ce qui se passe en Bolivie. Contre l’offensive fasciste, nous devons à tout prix faire bloc.

APRÈS L’ABANDON D’EUROPACITY : LA BATAILLE DES ALTERNATIVES

Par Clémentine Autain | 8 novembre 2019
europa city

Le projet inutile et anti-écologique EuropaCity du Triangle de Gonesse est définitivement mis au placard. Après des années de mobilisation citoyenne et politique, ce gigantesque centre commercial qui devait ouvrir ses portes au milieu des champs est finalement abandonné. C’est une première victoire et je tiens à saluer le travail aussi patient que déterminé du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG). Le gouvernement a été contraint de reconnaître que ce projet était « d’une autre époque, fondé sur une consommation de masse d’objets et de loisirs ». 

Nous avons gagné les esprits. Cette victoire ouvre les portes d’un autre imaginaire. Face au consumérisme, nous avons su faire entendre une autre idée du développement territorial, appuyée sur les besoins des habitants et la préservation de l’écosystème, loin des exigences du monde marchand. Nous nous battons pour créer plus de liens et de communs. Le développement économique des territoires périphériques de grandes métropoles ne peut se concentrer sur l’accumulation de toujours plus de centres commerciaux, de privatisations d’espaces pour une infinie consommation de biens et de services. La conscience de l’urgence climatique doit prendre le pas sur le dogme de la croissance infinie. Aux profits faciles mais incandescents, pratiques mais polluants, nous opposons la vision d’un essor des territoires respectueux des terres agricoles, qui s’inscrit dans le temps long et privilégie la création d’espaces de partage, de culture, de solidarité et de vie.

Pour un EuropaCity abandonné, combien de méga-complexes supplémentaires seront construits aux bords des villes ? Combien de commerces de proximité fermeront encore faute de tarifs concurrentiels et, avec eux, de centres-villes deviendront sinistrés ? Bien sûr, le développement d’activités et la création d’emplois doivent être encouragés, ils sont nécessaires pour l’insertion professionnelle dans des villes pour certaines devenues cités-dortoirs, ils sont indispensables à la mobilité qui doit se déprendre du tout voiture, ils sont décisifs pour améliorer la vie au quotidien. Mais quels emplois ? Quelles activités ? Quels transports ? C’est là qu’il faut entrer dans une vision rénovée du développement des territoires.

En Seine-Saint-Denis, des aberrations écologiques sont toujours à l’œuvre. Est-il réellement nécessaire de construire un quatrième terminal au sein de l’aéroport de Roissy, qui vise à doubler le nombre de passagers aériens d’ici 2037, quand on sait que l’avion est le plus polluant des transports ? De la même manière, le lancement des travaux du Charles de Gaulle Express, ce train qui traversera le département du 93 de l’aéroport Roissy au cœur de Paris, sans desservir aucune ville du département, avec un tarif prohibitif, vise-t-il sérieusement à répondre au manque de transports du quotidien ou répond-il aux impératifs économiques d’une concurrence entre toutes et tous ? Il faut poursuivre le combat pour la rénovation du RER B et la mise en fonctionnement le plus rapidement possible des lignes 16 et 17 de métro Grand Paris Express, dont les calendriers n’ont cessé d’être repoussés au cours des trois dernières années. Ces lignes répondent à un impératif de mobilité et de désengorgement là où l’Etat a failli à investir massivement dans des transports publics de qualité depuis des décennies. N’oublions pas que les retards de ces lignes de métro sont avant tout le fruit de restrictions budgétaires… Pourtant « la dette, la dette, la dette » n’a pas empêché les investissements jugés plus lucratifs, ailleurs. 

Sur le Triangle de Gonesse, la question des choix d’urbanisation reste entière. EuropaCity abandonné, quel projet va y prendre sa place ? Pour ma part, je défends le projet CARMA qui permettrait d’innover en développant une économie circulaire. Avec une ferme maraîchère, des formations aux métiers agricoles et de l’environnement, un lieu de recherche et de formation sur l’agriculture urbaine et périurbaine, un centre de tri des déchets ou encore des espaces de recyclages, nous avons une piste sérieuse pour donner du sens à ce que l’on bâtit, pour préserver l’environnement et répondre aux besoins véritables des habitants. Il s’agit de sortir nos rêves des injonctions publicitaires et nos politiques publiques de la folie consuméristes pour entrer dans une ère de l’utile, du partage, de la culture et de la soutenabilité des petits et grands projets.

Inspirée/Expiré #6 – Pour l’égalité femmes hommes, le temps presse

Par Clémentine Autain | 6 novembre 2019

Retrouvez le rendez-vous hebdomadaire de Clémentine Autain. Elle y revient sur le témoignage d’Adèle Haenel sur ses agressions sexuelles, et plus globalement sur les inégalités femmes-hommes. Bon visionnage !

Plan pour la Seine-Saint-Denis : un pied dans la porte, poussons-la !

Par Clémentine Autain | 1 novembre 2019

J’ai participé à la réunion organisée par le Premier ministre pour annoncer 23 mesures pour la Seine-Saint-Denis.

Ce moment marque une étape : l’État semble prendre conscience de la situation « hors norme » de ce département, où la population particulièrement jeune et dynamique fait constamment face à des services publics à la peine, en nombre insuffisant. Le suicide de la directrice d’école Christine Renon a donné à voir de façon tragique l’état de stress et de détresse dans laquelle se trouvent les personnels, souvent épuisés à devoir assurer leurs missions avec des bouts de ficelle et des exigences technocratiques exponentielles.

Nous avions une inquiétude : que le rapport dit Cornut-Gentille finisse dans une étagère sous la poussière. Il y a un an et demi, ce diagnostic mettait en évidence une cruelle réalité en démontrant que notre département reçoit moins de dotations de l’État que les autres départements en matière d’éducation, de justice et de police que les autres départements. Et ce, indépendamment de la situation sociale particulièrement difficile de ses habitants. C’est pourquoi nous avions lancé une grande mobilisation d’élus du Parlement, des municipalités et du département, toutes tendances politiques confondues, ce qui est assez inédit, pour interpeller fortement l’État sur ses responsabilités. Il y a quatorze mois, le Premier ministre nous avait reçu pour un échange qui devait déboucher sur des propositions concrètes. Nous y voilà.

Ce plan annoncé de 23 mesures, c’est un pied dans la porte. Le rapport ne finira pas sous la poussière, notre mobilisation n’a pas été veine. Ce n’est pas rien. Des postes supplémentaires sont promis, des moyens supplémentaires sont déployés. Mais nous sommes loin du plan de rattrapage pluriannuel que nous appelions de nos vœux, seul à même de combler des décennies de défaut de la part de l’État. Nous devons prendre le temps d’analyser précisément les propositions que nous avons découvert ce matin. Certaines annonces ne font qu’entériner des annonces antérieures, comme la réfection du tribunal de Bobigny. La prime de 10.000 euros pour fidéliser les agents est une bonne idée. Pour autant, nous ne savons pas qui elle va concerner précisément. Les agents de fonction publique hospitalière seront-ils concernés ? Ce n’est pas certain alors même qu’il s’agit d’un secteur particulièrement en souffrance. Nous ne savons pas non plus si cette mesure aura un caractère rétroactif pour les personnels en poste depuis un an, deux ans… Et est-ce que cette prime portera aussi sur les personnels hospitaliers ? Par ailleurs, pour fidéliser, il est surtout décisif d’améliorer les conditions de travail des agents.

Les 20 millions d’euros dédiés par l’État à l’investissement dans le bâti pour assurer le dédoublement effectif des classes de CP et CE1 sont bienvenus mais on peut s’interroger sur la somme quand on sait que la construction d’un seul collège coûte plus de 20 millions. L’éducation est plus globalement le parent pauvre de ce plan, ce que je regrette profondément. Et les collectivités ne voient pas non plus leurs moyens d’action soutenus de façon inédite alors que le département et beaucoup de mairies ont des budgets si comprimés à force d’austérité que l’on touche à l’os.

Je m’engage à suivre de près la mise en application de ces mesures et à œuvrer pour que nos efforts collectifs permettent de pousser la porte pour obtenir des moyens répondant à la promesse républicaine d’égalité.

Clémentine Autain

Le vent de la contestation

Par Clémentine Autain | 22 octobre 2019

Depuis plusieurs semaines, on observe un vent de contestation sociale souffler dans le monde.

Au Chili, la hausse du prix du ticket des transports en commun a porté des milliers de manifestants dans les rues. Au Liban, la création d’une taxe «WhatsApp» a mis le feu à une situation sociale rendue explosive par l’austérité et la corruption endémique. En Équateur, c’est tout le plan d’ajustement exigé par le FMI (et dont une mesure phare augmentait de 123% le prix du carburant) qui a été contesté par des milliers d’indigènes et paysans. En Colombie, ce sont les étudiants qui se sont soulevés massivement pour exiger l’augmentation du budget de l’enseignement public. A Haïti, les quartiers pauvres se sont dressés contre un gouvernement accusé de détournements de fonds. En Égypte, la figure du Président Sissi est devenue celle de la souffrance accumulée par des années d’austérité et de corruption pour une population durement réprimée par l’armée. En Algérie, et pour la 35ème semaine consécutive, les manifestants continuent à se retrouver pour dénoncer la corruption des dirigeants et exiger un changement radical de leur système politique.

Parfois, les gouvernements plient et retirent les mesures incriminées. Mais éteindre l’étincelle n’étouffe pas l’incendie, devenu carrefour des colères et d’une revendication de justice. Alors pour être audible face à la contestation d’un système économique assis sur les inégalités, les gouvernements recourent à la force. Multiplicité des revendications, unanimité de la réponse. Couvre-feu au Chili, où l’on dénombre onze morts et où le Président Sebastián Piñera a décrété l’état d’urgence et nommé un général de division à la tête de la défense nationale. État d’urgence décrété aussi en Équateur, où le Président Lenin Moreno a procédé au déploiement de la police et de l’armée dans la capitale du pays. Tout près de nos frontières, la contestation politique indépendantiste catalane fait face à une répression judiciaire insensée (des peines de prison ferme de neuf à treize ans pour les dirigeants à l’origine du référendum de 2017), et la réaction policière a choqué ce week-end par ses proportions. A Hong-Kong, nous avons vu des tirs à balles réelles sur des manifestants.

Cette exigence de justice, et le raidissement consécutif du pouvoir, que l’on observe partout dans le monde, nous le voyons aussi à l’œuvre dans notre pays. Comment ne pas songer au mouvement des gilets jaunes, dont le symbole a été repris à Beyrouth comme à Santiago ? Comment ne pas penser non plus aux violences policières devenues la marque infamante de l’exercice de Christophe Castaner ? Dans ce phénomène de rétrécissement des libertés, il faut constater que la France n’est pas à sa place historique et symbolique.

Alors que le gouvernement a sorti l’arsenal juridique pour faire ployer les cheminots qui nous alertent sur les risques que nous courons, alors qu’il répond par le canon à eau et le LBD au mouvement social des pompiers, nous nous rappelons que dans cette contestation sociale mondialisée, nous avons toute notre part à jouer pour plus de justice et de démocratie.

Le vent souffle, et il souffle fort.

Au Chili,
Au Liban
En Equateur
En Egypte