« Mignonnes » : j’aime l’art quand il provoque et déstabilise

Par Clémentine Autain | 22 septembre 2020

J’aime l’art quand il provoque et déstabilise. « Mignonnes » est assurément de cette trempe. Sa sortie a d’ailleurs défrayé la chronique, notamment aux États-Unis où des franges réactionnaires bien trumpisées demandent l’interdiction du film. J’avais hâte de le voir… C’est sur grand écran au cinéma Jacques Tati, à Tremblay-en-France, que j’ai donc découvert ce premier long métrage, lors d’une projection suivie d’une rencontre avec la réalisatrice Maïmouna Doucouré.

Amy, une jeune fille de onze ans qui habite dans un quartier populaire du 19e arrondissement à Paris, cherche la liberté face aux modèles de féminité qu’elle observe à la maison et à l’école. D’origine sénégalaise, elle vit le drame de sa mère qui affronte la polygamie et scrute des collégiennes qui préparent un concours de danse. L’attirance pour cette bande de filles aux tenues modernes, qui rigolent, se connectent aux réseaux sociaux et découvrent la séduction, fonctionne en miroir du carcan traditionnaliste musulman et de l’oppression des femmes qu’Amy observe chez elle.

Maïmouna Ducouré réussit à saisir de façon hyper cinématographique, mêlant esthétique et symbolique, cette tension qui dévore la fillette. Particulièrement marquante, cette scène où la caméra est avec Amy, cachée sous le lit, devant les pieds de sa mère qui va et vient en pleurant au téléphone sur le nouveau mariage de son mari, m’a bouleversée. Cette focale de la caméra guidant notre regard se déploie de façon tout aussi saisissante quand les filles répètent et présentent leur chorégraphie pour le concours de danse. Progressivement, Amy et ses amies singent les poses adultes hyper-sexualisées qu’elles voient sur leurs écrans. Les voici lascives, les fesses en l’air et le doigt dans la bouche, sans mesurer le sens de leurs gestes corporels. Elles pensent gagner le concours grâce à cette copie de femmes célèbres qui cumulent les millions de vues et font fantasmer.

Le film nous place en situation de voir, certainement pas pour valoriser la sexualisation de pré-adolescentes mais pour prendre toute la mesure du danger et du problème social. Nous sommes conduits à un sentiment de malaise qui permet de nous interroger sur la libération des corps féminins affirmées dans le monde occidental qui pourrait n’être qu’un leurre, un piège. Amy se trouve dans l’impasse d’une alternative qui n’en est pas une. C’est aussi tout un univers propre aux catégories populaires, issues de l’immigration, qui est magnifiquement mis en scène. Trop peu souvent le cinéma nous y emmène, préférant les univers bourgeois pour conter les drames ou les comédies.

Le parti pris de la réalisatrice fait débat, et c’est en soi une réussite du film. Nous sommes placés dans la tête de ses petites filles, sans jugement prémâchés, sans pédagogie excessive. Et nous mesurons à quel point quelque chose ne tourne pas rond. Cette réalité devait être montrée et discutée. Maïmouna Doucouré le fait avec talent. Et tant pis, ou plutôt tant mieux, si ça dérange.

Clémentine Autain

Avis de recherche

Par Clémentine Autain | 18 septembre 2020

Des députés LR et une députée LREM ont quitté avec fracas une commission à l’Assemblée nationale, parce qu’était auditionnée une jeune femme, représentante syndicale, portant un voile. Comme l’a rappelé la Présidente de commission, sa tenue ne contrevenait pourtant ni à la loi, ni au règlement de l’Assemblée.

Le deux poids deux mesures ne cesse de gagner du terrain sous l’influence d’une extrême droite qui instrumentalise la laïcité pour mieux mener une chasse aux musulmans. Le choix d’Emmanuel Macron et du gouvernement de polariser le débat sur le « séparatisme » en cette rentrée, pourtant marquée par la crise du Covid et une forte régression économique, en dit long sur son cynisme politique…

Profondément attachée à la laïcité et bien connue pour mon engagement en faveur de la liberté des femmes, j’invite à la responsabilité politique et médiatique pour que le climat s’apaise dans le respect des principes républicains.

Clémentine Autain

En refusant le débat sur la 5G, Macron nourrit l’obscurantisme

Par Clémentine Autain | 15 septembre 2020

Macron a réuni hier son public favori, les dirigeants de start-up, pour annoncer encore une fois qu’il ne changerait rien à rien. Alors que 70 élu.e.s de gauche et écologistes ont pris position pour un moratoire concernant le déploiement de la 5G sur notre territoire, la réponse de l’exécutif est, encore une fois, de disqualifier tout débat public, balayant les craintes et inquiétudes légitimes.

Loin de toute argumentation, Emmanuel Macron ferme la discussion en assimilant les sceptiques et opposants à la 5G à des promoteurs du « modèle Amish » et au retour de la lampe à huile. Comme si la fin de l’histoire avait sonné. Comme si la notion de « progrès » était une fois pour toute arrimée au consumérisme. Fermer le ban.

Pourtant, le déploiement de la 5G pose de nombreuses questions. Environnementales d’abord, puisque cette nouvelle technologie est énergivore : en l’absence d’étude sérieuse mesurant l’impact sur la biosphère de ce dispositif, il est juste d’être prudent si l’on prend au sérieux la crise climatique. Géostratégiques aussi, puisque face à l’impossibilité de se doter d’un réseau autonome, français ou européen, le choix demeure seulement entre une offre étasunienne ou chinoise.

C’est enfin un choix d’opportunité : alors que tant de Français n’ont accès ni à la fibre, ni à la 4G, l’effort doit-il se porter sur l’accès à un nouveau réseau qui concernera d’abord ceux qui sont déjà les mieux dotés ?

En niant le débat et en refusant de nourrir la décision publique de données scientifiques, Macron nous plonge dans le choix autoritaire et l’obscurantisme. Les tenants du néolibéralisme en sont là : ils assènent leur idéologie comme une évidence, sur l’air bien connu du There Is No Alternative. Où est le progrès ? C’est une question politique.

Ma conviction, c’est qu’aujourd’hui, rechercher le progrès humain exige de rompre le lien entre le plus ou le mieux.

Clémentine Autain

Inspirée / Expiré #26 : Ils relancent alors qu’il faut bifurquer

Par Clémentine Autain | 8 septembre 2020
Inspirée / Expiré #26 : Ils relancent alors qu'il faut bifurquer

Inspirée / Expiré #26 : Ils relancent alors qu'il faut bifurquer#FranceRelance

Publiée par Clémentine Autain sur Vendredi 4 septembre 2020

Le « nouveau chemin » introuvable de Macron

Par Clémentine Autain | 3 juillet 2020

Dans son interview à la presse régionale, le Président Macron tisse la toile d’un nouvel acte du quinquennat, dans la droite ligne de la politique menée jusqu’ici. En expliquant qu’il ne peut pas faire fi « des bouleversements internationaux et de la crise économique », il propose un corpus de solutions qui ne sont rien d’autres que celles mises en œuvre depuis des décennies, avec le triste résultat que l’on connaît.

Le refus d’augmenter les impôts des plus riches, sous couvert de protéger l’investissement libre et non faussé, ne permettra pas plus de financer les ouvertures de lits d’hôpitaux demain qu’il n’a permis d’endiguer la disparation des services publics hier. Le président s’obstine à considérer les Français comme des tire-au-flanc et refuse de revoir la copie sérieusement quant à sa réforme des retraites. Pour Emmanuel Macron, s’il y a des changements à faire, ils sont dans le sens du moins disant social en matière de conditions de travail et de protections sociales.

Rien à signaler côté transition énergétique, pas l’ombre d’une annonce pour enclencher le seul changement qui réponde au bouleversement climatique mondial. Puisqu’en dépit de la Convention citoyenne pour le climat et des quelques propositions formulées, la ratification des traités de libre-échange de type CETA ou la sortie de notre régime de consommation ne sont décidément pas à l’ordre du jour. 

Après trois années de collaboration avec un Premier ministre de droite, le nouvel acte s’annonce toujours plus libéral. Le Président Macron est clair, « la France des jours heureux, c’est d’abord la France des devoirs ». Et de compléter que « l’esprit de défaite… rôde sur notre pays ». Un discours de winner qui appelle les Français à se prendre en main. Merci pour ça.

Lire l’interview d’Emmanuel Macron