Le « nouveau chemin » introuvable de Macron

Par Clémentine Autain | 3 juillet 2020

Dans son interview à la presse régionale, le Président Macron tisse la toile d’un nouvel acte du quinquennat, dans la droite ligne de la politique menée jusqu’ici. En expliquant qu’il ne peut pas faire fi « des bouleversements internationaux et de la crise économique », il propose un corpus de solutions qui ne sont rien d’autres que celles mises en œuvre depuis des décennies, avec le triste résultat que l’on connaît.

Le refus d’augmenter les impôts des plus riches, sous couvert de protéger l’investissement libre et non faussé, ne permettra pas plus de financer les ouvertures de lits d’hôpitaux demain qu’il n’a permis d’endiguer la disparation des services publics hier. Le président s’obstine à considérer les Français comme des tire-au-flanc et refuse de revoir la copie sérieusement quant à sa réforme des retraites. Pour Emmanuel Macron, s’il y a des changements à faire, ils sont dans le sens du moins disant social en matière de conditions de travail et de protections sociales.

Rien à signaler côté transition énergétique, pas l’ombre d’une annonce pour enclencher le seul changement qui réponde au bouleversement climatique mondial. Puisqu’en dépit de la Convention citoyenne pour le climat et des quelques propositions formulées, la ratification des traités de libre-échange de type CETA ou la sortie de notre régime de consommation ne sont décidément pas à l’ordre du jour. 

Après trois années de collaboration avec un Premier ministre de droite, le nouvel acte s’annonce toujours plus libéral. Le Président Macron est clair, « la France des jours heureux, c’est d’abord la France des devoirs ». Et de compléter que « l’esprit de défaite… rôde sur notre pays ». Un discours de winner qui appelle les Français à se prendre en main. Merci pour ça.

Lire l’interview d’Emmanuel Macron

Inspirée/Expiré #23 : Le déni des violences policières et du racisme étouffe la justice et la paix

Par Clémentine Autain | 7 juin 2020

Voici le 23ème Inspirée/expiré sur les violences policières :

Pour le monde de la culture, je tire la sonnette d’alarme !

Par Clémentine Autain | 4 mai 2020

C’est dans un silence assourdissant que le monde de la culture subit un massacre avec la crise sanitaire et les mesures de confinement. S’il est un secteur absent des préoccupations dominantes, c’est bien celui-ci. Comme si la culture était décidément périphérique, non essentielle, presqu’accessoire dans notre société du spectacle et de la marchandise. Il me semble, au contraire, que sa place est décisive dans nos vies. La culture travaille nos imaginaires et permet le partage sensible. C’est le lieu de l’échange et de la création par excellence. Nous en avons un besoin impérieux à l’échelle individuelle mais aussi collective, pour penser l’après… qui commence maintenant. Or, c’est silence radio côté gouvernemental. On finit par se demander s’il existe un ministère de la culture dans ce pays… Et le sujet effleure à peine dans le débat public.
En attendant, le tableau est des plus inquiétants. La réouverture des cinémas, salles de concert et théâtres n’est pas à l’ordre du jour. Les festivals de l’été, qui permettent à tant de troupes ou de créateurs qui n’ont pas pignon sur rue de faire connaître leur travail, s’annulent les uns après les autres. Les intermittents, artistes et techniciens, se retrouvent sans heures à valider pour obtenir un filet de sécurité. Que fait le ministère de la culture ? Le flou reste total. Quant aux musées, les « petits » pourront rouvrir. Mais qu’est-ce qu’un petit musée ? Silence dans les rangs gouvernementaux.
Les mesures sanitaires doivent être au rendez-vous pour que chacune et chacun soit protégé. Mais anticiper les conséquences de fermetures prolongées est la tâche de l’État. Ici, nous ne voyons rien venir et le temps passe, le temps presse… Au final, les plus grosses structures pourront survivre. Mais les autres ? C’est tout le maillage territorial d’une culture de proximité et les possibilités de démocratiser l’accès à la culture qui sont menacées dangereusement. Prenons l’exemple des librairies et maisons d’édition. Amazone a continué à envoyer des livres mais les librairies indépendantes, portes closes, se retrouvent dans une situation difficile et parfois même au bord de la fermeture. Après des mois d’arrêt, les grandes maisons d’édition survivront mais les plus petites risquent vite de mettre la clé sous la porte. Nous savons déjà que le nombre d’auteurs publiés à la rentrée sera massivement réduit. Même topo pour le grand écran. Je pense au cinéma Jacques Tati à Tremblay-en-France qui va rencontrer forcément des difficultés d’une autre ampleur que les salles Gaumont ou UGC des centres commerciaux avoisinant. Si des mesures ne sont pas prises pour aider et sauvegarder, la diversité culturelle et intellectuelle sera vite un vieux souvenir…
Alors je tire la sonnette d’alarme. Parce que la culture est un bien commun essentiel à la vie et à l’émancipation humaine. Parce que nous devons et pouvons agir pour soutenir ce secteur aux abois et permettre une vie digne à toutes celles et ceux qui font vivre la création dans ce moment de crise paroxystique.

Clémentine Autain

Après le fiasco sur les masques, le gouvernement a récidivé sur les tests…

Par Clémentine Autain | 2 mai 2020


Après le fiasco sur les masques, le gouvernement a récidivé sur les tests… Je vous recommande la lecture de cette enquête de Mediapart qui fait le récit des graves manquements de l’État. Où l’on découvre que, tout début mars, les pouvoirs publics n’ont pas répondu aux offres de service des laboratoires vétérinaires et de recherche publique qui peuvent réaliser des tests Covid-19…. Où l’on apprend que, après trois semaines de confinement, devant l’incurie de la « cellule tests », le gouvernement confie à un cabinet de conseil privé un audit sur les capacités des laboratoires… Au diable la souveraineté de la France et les 700.000 tests par semaine promus par Edouard Philippe…« On ne sera évidemment pas prêt le 11 mai », confie le chercheur au CNRS Philippe Froguel, directeur de la plateforme de génomique Ligan, à Lille. Édifiant.

https://www.mediapart.fr/journal/france/290420/tests-covid-19-la-defaillance-organisee-au-sommet-de-l-etat?onglet=full

1er Mai : déconfinons l’insubordination !

Par Clémentine Autain | 1 mai 2020

Un 1er Mai à la maison, sans défiler dans les rues de Paris pour défendre les droits et les protections de celles et ceux qui travaillent, sans embrasser les unes et les autres, sans prendre le pouls de la contestation, sans ressentir physiquement le nombre, sans humer le parfum d’époque des pancartes qui se succèdent, sans voir quels sont les cortèges fournis, ceux qui le sont moins, sans images à la télévision de la foule qui clame, qui chante, sans me plaindre de la pluie ou me réjouir de cette journée si ensoleillée, sans ramener chez moi un brin de muguet… Le confinement a emporté mon, notre traditionnel 1er mai.

Il nous reste les slogans qui foisonnent sur les réseaux sociaux, les casseroles qui vont tinter dans la journée, les Bella Ciao qui sortiront des fenêtres dans certains quartiers. Et surtout la colère. Car le sentiment d’injustice et la combativité pour un monde meilleur ne se confinent pas. Pire : l’impréparation et les mensonges du gouvernement, l’addition de décennies de réduction des moyens pour l’hôpital ou encore la faim et la précarité qui explosent pendant que se distribuent les dividendes alimentent le désir d’insubordination.

Ce 1er Mai inédit, nous ne l’oublierons pas.
Nous penserons aux soignants qui n’ont toujours pas vu d’augmentation significative et stabilisée de leur rémunération. Aux premiers de corvées qui font vivre l’économie de notre quotidien pour un salaire de misère, sans voir leur situation revalorisée. Et, parmi eux, nous n’oublierons pas les femmes qui occupent des emplois essentiels, dans le domaine du soin notamment, sans visibilité ni considération.
Nous nous mobiliserons pour celles et ceux qui travaillent sans protection dans des secteurs non indispensables.
Nous dénoncerons toutes les mesures « d’assouplissement » du code du travail qui brisent les conquêtes sociales pour nous tirer toujours plus bas.
Nous dirons haut et fort qu’il faut sécuriser les parcours professionnels, partager les richesses et les temps de la vie.
Qu’il faut changer le sens de l’économie : produire pour répondre aux besoins et non pas produire pour satisfaire les besoins du capital en créant des besoins artificiels.

Clémentine Autain