Inspirée/Expiré #10 : «Nous sommes les partageux et nous avons raison de dire que c’est possible.»

Par Clémentine Autain | 12 décembre 2019

Gloria Mundi

Par Clémentine Autain | 11 décembre 2019

Alors que je regarde Ariane Ascaride dans C Politique, si juste comme toujours, je vous invite vraiment à aller au cinéma voir Gloria Mundi. Le dernier film de Robert Guédiguian saisit le réel contemporain du point de vue des perdants. Il dévoile les logiques à l’œuvre dans le monde populaire, les façons de vivre ou plutôt de survivre face aux pièges du néolibéralisme. C’est une version sombre, pessimiste du réel que nous livre le réalisateur engagé, comme pour mieux nous transmettre la colère. S’y déploie le drame de la reproduction, à la fois sociale et personnelle.
Sylvie, tout juste grand-mère d’une petite Gloria, fait le ménage la nuit dans les cabines de paquebots. Elle a élevé ses deux filles avec Richard, chauffeur de bus, qui n’est le pourtant pas le père de la première. Gloria connaitra-t-elle son grand-père biologique ? Il vient justement de sortir de prison. Le nouveau-né est l’occasion de retrouvailles aussi difficiles que touchantes mais les tensions s’accumulent vite. Les parents de Gloria rêvent d’indépendance et cherchent à trouver leur place dans un monde du travail saturé et précarisé. Mathilde enchaine les CDD comme vendeuse, Nicolas est chauffeur chez Uber. Les galères surviennent vite, rien ne semble payer, joindre les deux bouts est mission impossible. L’autre fille de Sylvie, Aurore, s’en sort apparemment mieux avec son compagnon Bruno : pour être du côté des gagnants, ils sont prêts à mépriser et arnaquer les autres. La relation entre les deux couples va prendre une tournure inattendue. Et, finalement, c’est la descente aux enfers pour tous.
Ce film touche par son histoire et par son interprétation remarquable. Aux côtés de Jean-Pierre Darroussin, Ariane Ascaride, qui a obtenu le prix d’interprétation à la Mostra de Venise, joue avec une justesse magnifique cette femme qui refuse de faire la grève et qui est prête à tout pour sauver sa famille. Après « Sorry we missed you » de Ken Loach, l’alerte apparaît éminemment politique. Dans cette société déshumanisée, où la concurrence et la réussite individuelle sont sacrées, où la précarité et la débrouille sont le lot commun des dominés, il n’y a pas d’issue. Dans le climat de révoltes sociales qui est le nôtre, ce film noir donne la rage de se battre pour un autre horizon, émancipateur.

Clémentine Autain

Inspirée/Expiré #9 : Retraites, Grève, 5 Décembre, Dans la rue !

Par Clémentine Autain | 3 décembre 2019

Contre la résolution Maillard, qui amalgame antisionisme et antisémitisme

Par Clémentine Autain | 3 décembre 2019

Aujourd’hui, l’Assemblée nationale se prononce sur une résolution dite Maillard qui, au nom de la lutte contre l’antisémitisme, entend faire adopter par la France la définition de l’antisémitisme formulée par l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste. Les exemples de ce qui de ce fait, demain, pourrait alors être condamné sont inquiétants car ils tissent un lien entre critique de la politique menée par Israël et antisémitisme.

Je partage sans réserve le combat contre l’antisémitisme dont nous savons qu’il progresse tragiquement en France aujourd’hui. Ce combat est le mien. Cette résolution dite Maillard ne contribuera pas à faire reculer l’antisémitisme : elle amalgamera antisionisme et antisémitisme. C’est d’ailleurs ce que développe la très juste tribune d’intellectuels juifs parue dans Le Monde (voir ci-dessous).

En associant critique de la politique israélienne et haine des juifs, en faisant peser sur l’expression d’une parole politique l’ombre infamante du racisme, en pénalisant finalement la pensée critique, en allant jusqu’à nier l’antisionisme de nombreux juifs, cette résolution fait fausse route. Avec elle, pourront être considérés comme antisémites celles et ceux qui s’engagent en faveur d’une solution binationale au conflit israélo-palestinien ou qui condamnent la politique d’apartheid menée par Israël.

Il y a une semaine, Israël expulsait le directeur américain de l’ONG Human Right Watch car celui-ci invitait les entreprises à se retirer des colonies israéliennes jugées illégales par l’ONU. Au même moment, les États-Unis de Trump franchissaient une terrible ligne rouge en reconnaissant comme légale la colonisation. Dans ce contexte, l’extrême droite israélienne au pouvoir continue de vouloir faire taire les oppositions politiques pour mieux poursuivre son entreprise de domination du peuple palestinien. Cette résolution entre en résonance avec la volonté du gouvernement israélien de faire passer les Palestiniens pour des antisémites. Elle s’inscrit dans le prolongement de la parole du président Macron qui a affirmé que « l’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme ». On ne s’étonnera pas qu’elle soit proposée par un député qui a tenu en mai dernier une conférence avec le Président des colonies du nord de la Cisjordanie, colonisation pourtant condamnée par la France depuis 1967 et jugée illégale au regard du droit international.

C’est la justice, la liberté, les droits qui permettent de protéger tous les peuples opprimés et qui fondent le combat contre toutes les formes de racismes. En servant la polémique et en permettant de condamner une opinion politique, cette résolution abime tous les efforts en ce sens, alors qu’ils sont rendus impérieux si l’on veut à la fois lutter contre l’antisémitisme et dégager une solution de paix durable entre les Palestiniens et les Israéliens.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/12/02/appel-de-127-universitaires-juifs-aux-deputes-francais-ne-soutenez-pas-la-proposition-de-resolution-assimilant-l-antisionisme-a-l-antisemitisme_6021348_3232.html

Inspirée/Expiré #8 : Black Friday, Block Friday, #StopAmazon

Par Clémentine Autain | 28 novembre 2019

Retrouvez la vidéo complète sur la chaîne Youtube de Clémentine Autain