AVANTI POPOLO !

Par Clémentine Autain | 7 janvier 2019

Les fêtes de fin d’année n’ont pas calmé la contestation du pouvoir en place. Même entre Noël et le jour de l’An, des ronds-points ont pris un coup de jaune. L’intervention du Président de la République le 31 au soir n’a visiblement pas convaincu – mais le vide peut-il être convaincant ? N’en déplaise à la macronie et aux commentateurs adeptes de la fin de l’histoire, l’Acte VIII a connu un regain de mobilisation. Signe des temps : des femmes en gilets jaunes ont entonné samedi « ah ça ira, ça ira, ça ira ! » sur les marches de la place de la Bastille. Le pays n’est pour l’instant pas bloqué mais la force de la contestation et le soutien massif aux gilets jaunes indiquent une crise sociale d’ampleur. Si des jonctions s’opèrent avec d’autres secteurs, d’autres territoires, un processus inédit peut ouvrir une voie nouvelle pour notre pays. Notre capacité à changer véritablement la donne dépend de la montée en puissance des mobilisations sociales et de notre capacité à fédérer des luttes aujourd’hui encore éclatées. C’est une tâche majeure pour celles et ceux qui veulent en finir avec les choix austères et comptables, qui n’en peuvent plus de la vie chère, qui sont vent debout contre ce modèle de développement méprisant l’égalité sociale et territoriale et menaçant l’environnement.

La colère sociale s’exprime dans des formes nouvelles et, à certains égards, inattendue, ce qui participe à déstabiliser singulièrement l’ordre établi, et elle a d’ores et déjà débouché sur une crise politique. En ce début 2019, trois Français sur quatre se déclarent insatisfaits d’Emmanuel Macron. La réponse du pouvoir en place au cri de révolte qui parcourt le pays, à grands renforts de réseaux sociaux, est d’une telle inanité qu’elle accélère le processus de désagrégation du pouvoir en place. Un grand débat national est ouvert « en même temps » que le cap est confirmé. Les membres du gouvernement assument leur bilan : il ne faut rien détricoté de ce qui a été voté depuis le début du quinquennat. L’heure serait même à l’accélération des « réformes » ! Le refus de remettre en cause l’ISF est de ce point de vue symptomatique. Le gouvernement a d’abord donné aux plus riches, s’insurgent à juste titre les gilets jaunes. Tout un symbole auquel la macronie refuse de toucher. Le pouvoir ne distille que des miettes aux manants depuis ces semaines, ces mois, que le pays tonne sa révolte. Deux ou trois reculs ne changeront pas la situation, et tout le monde le sait. Les temps sont à la rupture et le régime lui-même est en cause.
C’est pourquoi nous sommes face à une contestation sociale qui débouche sur une crise politique majeure. Macron et les siens se révèlent incapables de saisir la profondeur de ce qui se joue. Leur univers idéologique les enferme à double tour dans une logique sans issue. Alors l’autoritarisme l’emporte. Il faut accabler, enfermer, apeurer les « fauteurs de trouble ». Ce pouvoir sans force de conviction s’enferre dans la force de l’ordre. Les violences et les arrangements avec le droit sont assumées, encouragées. Et ils osent même le faire au nom de la République dont ils bafouent les valeurs fondamentales, en donnant des leçons d’une arrogance inouïe à leurs opposants. Et ils ont encore l’outrecuidance de se présenter en remparts de l’extrême droite, en garants de la démocratie.

Alors oui, appuyons sur le clou pour mettre en échec concrètement Macron et son gouvernement. Pour appuyer efficacement, notre responsabilité est de contribuer à faire grandir l’espoir de changement. Oui, nous pouvons changer nos institutions pour une participation plus grande de toutes et tous aux décisions publiques, ce qui signifie mettre en place une VIe République : des assemblées citoyennes dans tout le pays permettraient de définir un nouveau socle de droits constitutionnels, de mettre fin à la monarchie présidentielle, de donner du pouvoir aux salariés dans les entreprises ou encore de garantir le pluralisme des médias et l’indépendance de la justice. Nous devons partager les richesses pour faire vivre l’égalité, ce qui signifie augmenter les bas revenus et taxer les hyper-riches, les grands groupes et leurs dividendes, développer les services et les transports publics, protéger notre santé et les biens communs. Nous avons le devoir d’assurer la transition énergétique en investissant, ce qui suppose de sortir des normes de l’austérité budgétaire et de promouvoir un autre modèle de consommation. Cette cohérence de progrès humains, démocratiques, écologiques, est notre meilleure arme pour empêcher toute issue fondée sur le repli, le recul des libertés, le mépris du défi environnemental. En ce début d’année 2019, nous avons du bon grain à moudre !

BAISSER D’UN TON N’EST PAS CHANGER DE CAP

Par Clémentine Autain | 11 décembre 2018

Dans son allocution télévisée, le Président de la République a avalé un petit bout de son chapeau. Il a changé de ton et annoncé de premières mesures pour tenter d’éteindre l’incendie social. Mais en tendant l’oreille, certains mots ont sonné faux et les mesures déclamées sont à mille lieues des urgences sociales, environnementales, démocratiques. Ne boudons pas ce qui a été arraché. Oui, la mobilisation permet d’obtenir des gains. Mais soyons lucides sur la réalité des mesures mises sur la table et sur l’ampleur des besoins, toujours si profondément insatisfaits.

Beaucoup ont ainsi cru entendre « augmentation du SMIC », quand la magie de la communication présidentielle a expliqué que « le salaire d’un travailleur au SMIC augmentera ». Rappelons ici que l’augmentation de ce salaire ne se fera qu’à travers celle de la prime d’activité, qui est une prestation sociale et dont l’augmentation était d’ailleurs programmée au cours des prochaines années. Cette hausse ne se fera donc que de manière artificielle, et au prix d’une pression fiscale supplémentaire pour les classes moyennes.

Pourquoi épargner les riches et les dividendes ? Il est assez ahurissant que le Président continue de protéger les plus riches. Il aurait pu, dû, annoncer le retour de l’ISF et la fin du CICE, ces milliards donnés aux grandes entreprises sans aucune contrepartie en matière d’emplois et de transition énergétique. Ces exigences ont été relayées partout dans le pays. Mais Emmanuel Macron n’entend visiblement que de l’oreille droite. Il préfère la défiscalisation des heures supplémentaires, une logique désastreuse notamment pour lutter contre le chômage et que chérissait tant Nicolas Sarkozy.

Le cap reste donc inchangé. Toutes les mesures annoncées par Macron hier soir consistent en ce tour de passe-passe : nous prendre dans une poche ce qu’il nous rend dans l’autre. Car ne nous leurrons pas : l’augmentation de la prime d’activité et la défiscalisation des heures supplémentaires se feront forcément en asséchant les caisses de la sécurité sociale et, au final, ce sont les plus modestes, les gilets jaunes mais aussi tous les autres, qui paieront. Emmanuel Macron a réaffirmé, les yeux dans les yeux, son ambition de lutte contre l’évasion fiscale alors même que vendredi dernier, les sénateurs ont voté l’allègement de l’exit tax à la demande du gouvernement !

Ce qui est édifiant, c’est aussi tout ce que le Président n’a pas abordé. Rien sur l’environnement. Alors qu’il a, sous la pression, abandonné une taxe supposée abaisser les émissions de gaz à effet, il n’a pas dit un mot sur les moyens de faire face au réchauffement climatique. Pas de taxe sur le kérosène, ni de mise à contribution des grands groupes premiers pollueurs. Rien sur la démocratie. On retiendra une vague reconnaissance potentielle du vote blanc. Au moment où la crise de la représentation politique et des institutions explose, le Président ne propose rien de rien pour y répondre. Même le simple RIC (référendum d’initiative citoyenne), cher aux gilets jaunes, n’a pas eu grâce à ses yeux. Rien enfin sur les violences policières, alors même que les images de Mantes-la-Jolie, de gaz diffusés de façon disproportionnée ou de jeunes blessés par des flashballs ont alimenté la colère légitimement.

Ma conviction est que l’acte V de samedi doit être réussi et pacifiste. L’heure est aux convergences. Avanti !

(Dessin de Fred Sochard)

MANIFESTONS PACIFIQUEMENT ET MASSIVEMENT

Par Clémentine Autain | 7 décembre 2018

Les gilets jaunes, les lycéens et étudiants, les manifestants pour le climat, sont appelés à déferler dans les rues, sur les places, autour des ronds-points. Le mouvement prend une ampleur et une coloration qui ne sont plus celles du début. Du rejet d’une taxe, on est passé à une révolte plus générale et contagieuse.

Voyant leurs parents lutter pour les fins de mois, les jeunes s’engagent à leur tour pour défendre leur avenir, menacé par les réductions budgétaires et la logique discriminante de ParcourSup. Après deux semaines et demie de contestation sociale inédite dans notre pays, le gouvernement a annoncé la suspension de la taxe carbone. Cette première réponse, bien tardive et si faible, apparaît en total décalage avec l’exaspération qui monte, avec le malaise démocratique qui saute aux yeux, avec la dureté et le coût infernal de la vie que le monde populaire en ébullition ne supporte plus. A minima, rétablir l’ISF eut constitué un début d’écoute…

L’arrogance et le silence assourdissant du président des riches alimentent la révolte. Visiblement, au sommet de l’État et dans les sphères de pouvoir, les clés pour comprendre ce qui se passe, ce qui se trame, manquent cruellement. Une phrase d’un gilet jaune sortant d’une rencontre avec le ministre de l’écologie m’a profondément marquée : « on ne sent pas la volonté d’améliorer la vie des gens ». Ces gouvernants semblent à distance totale de la souffrance de millions de Français. Ils sont englués dans leurs normes comptables, aveuglés par leurs certitudes libérales et autoritaires, empêtrés dans leur course effrénée à la compétitivité. Dans leur monde d’ancien régime, les nantis sont dispensés du moindre effort, et même subventionnés par l’État, pendant que les manants doivent payer une dîme et une gabelle toujours plus lourdes. C’est bien méconnaître l’histoire de France que d’imaginer que ce cours des choses puisse inlassablement perdurer, tant l’aspiration à la justice sociale est profondément ancrée dans notre pays.

Macron et le gouvernement semblent sidérés par une telle insurrection. Alors ils rabâchent « l’appel au calme », tout en assumant que leur cap politique est le « bon », celui qui précisément met en colère. Alors ils intiment l’ordre de « défendre la République » alors qu’ils en sapent méthodiquement les valeurs, bafouant la liberté, l’égalité, la fraternité. Les petites vidéos de députés macronistes sur les réseaux sociaux, toutes ridiculement sur le même mode, pourraient prêter à sourire si l’enjeu n’était pas si sérieux. Bien sûr qu’il faut que les manifestations se déroulent pacifiquement, notamment parce que c’est une condition pour entraîner plus encore. Mais leur rêve est que les destructions et images de violences puissent devenir le prétexte à ne plus contester et prennent le pas sur la violence sociale quotidienne. Le gouvernement rend hommage aux forces de l’ordre mais ne prend pas la mesure de certaines violences policières et ne semble pas réaliser que c’est par ailleurs l’attitude du pouvoir en place qui met en danger les policiers. La crise sociale n’attend pas des blindés militaires mais une réponse politique.

L’issue n’est pas jouée mais il y a du grain à moudre pour les tenants de l’émancipation humaine. À cette heure, la crise environnementale est un ultimatum qui résonne avec les revendications sociales massives de ces dernières semaines. L’urgence climatique nous pousse vers une autre voie, qui est un nouvel horizon politique.

La convergence inédite qui peut s’affirmer ce samedi doit pousser dans le sens de la justice sociale et écologiste, de l’attachement aux libertés et à la démocratie, de l’égalité entre les personnes et les territoires.

GILETS JAUNES : QUE LA COLÈRE SE MUE EN ESPÉRANCE

Par Clémentine Autain | 1 décembre 2018

Jusqu’où portera la vague de colère incarnée par le mouvement des gilets jaunes ? Saurons-nous faire grandir les conditions d’une issue émancipatrice ?

La première victoire est déjà remportée. Oui, le mouvement des gilets jaunes a déjà réussi à marquer le paysage social, à imprimer le débat public, à faire émerger de nouveaux visages qui posent des mots sur la dureté d’un quotidien si méconnu des sphères de pouvoir. Les colères se répondent en écho.

Ici, on entend cette femme qui crie son désespoir parce qu’elle travaille à s’user la santé mais vit dans la pauvreté. Voilà dix ans qu’elle n’est pas partie en vacances. Là, c’est un homme qui raconte face caméra que pour lui, ce ne sont pas les fins de mois qui sont difficiles car la galère commence dès le premier jour du mois. Ailleurs encore, une personne s’en prend violemment au Président Macron qui décidément n’entend rien, ne comprend rien : « Il nous prend vraiment pour des gogos ! » quand une autre conclut calmement mais fermement : « C’est d’une révolution dont on a besoin. Il faudrait un nouveau 4 août pour l’abolition des privilèges ». Le ras-le-bol général, voilà ce qu’on entend. Enfin.

Parti d’un coup de semonce contre la hausse de la taxe sur le carburant, le mouvement a entraîné bien au-delà de ce que l’on pouvait imaginer. L’axe de départ s’est comme désaxé. Le caractère hétéroclite des revendications, des mots d’ordre, des familles politiques qui apportent leur soutien laisse les portes encore très ouvertes sur l’issue de cette colère XXL.

Rien n’est joué mais la tonalité n’est plus celle que l’on pouvait redouter au départ, quand les courants d’extrême droite s’étaient rués le mouvement en espérant voir se développer leurs obsessions identitaires et grandir leur terreau du ressentiment. Loin d’une focalisation sur le « trop de taxe, trop d’impôt », c’est le sentiment d’injustice sociale et territoriale qui semble dominer. C’est le rejet des politiques d’austérité et la défense des services publics qui donne le ton davantage que le repli sur soi. Ce sont les inégalités qui sont clairement pointées du doigt. Quant à la question environnementale qui aurait pu se trouvée marginalisée, elle n’est pas désertée. Les courants écologistes s’engagent progressivement dans la danse.

Le brun rêve de prendre la main. Mais le jaune a pris un sérieux coup de rouge.

Le bouillonnement est là et des jonctions commencent à s’établir. Là encore, rien n’est joué mais les dockers, au Havre, se joignent aux gilets jaunes pendant que les lycéens enclenchent leur soutien. Des secteurs entiers du mouvement social s’impliquent désormais franchement. Des personnalités proposent de venir physiquement apporter leur notoriété pour protéger les gilets jaunes aux Champs-Elysées d’éventuelles violences. L’ordre des choses est bouleversé.

D’ores et déjà, des lignes ont bougé dans les têtes. Partout, sauf visiblement au sommet de l’État où l’on reste empêtré dans de tristes logiques comptables et où l’incompréhension voire l’aversion du monde populaire domine. La crise politique est en marche. Au point que la délégation des gilets jaunes ne s’est finalement pas rendue à Matignon. Signe du temps, les groupes politiques insoumis et communistes proposent de soumettre au Parlement une motion de censure. In fine, c’est sur le terrain politique que le plus gros va se cristalliser. Il n’échappe à personne qu’un mouvement soutenu par 80% de la population, par des sensibilités politiques et des personnalités que tout oppose par ailleurs, ne dit pas le sens, la cohérence du projet de changement souhaité. La liste des revendications du comité auto-organisé par les initiateurs des gilets jaunes posent de sérieux jalons mais la confrontation politique reste évidemment devant nous.

Jusqu’où portera la vague de colère incarnée par le mouvement des gilets jaunes ? Saurons-nous faire grandir les conditions d’une issue émancipatrice ? Il le faut. Le brun rêve de prendre la main. Mais le jaune a pris un sérieux coup de rouge. Il faut maintenant que la colère se mue en espérance.

LE SENS DES COLÈRES

Par Clémentine Autain | 25 novembre 2018

Le temps est venu des justes colères. Elles viennent enfin perturber le sinistre ordre des choses. En rage contre la vie chère et contre des dirigeants qui les méprisent, les « gilets jaunes » les expriment de manière forte et originale. Infirmières, retraités, ouvriers, étudiants, #NousToutes ne sont pas en reste, manifestant à leur manière. Toutes ces révoltes légitimes traduisent différentes facettes des maux contemporains. Aucune ne devrait être privilégiée. C’est leur jonction, et non leur séparation, qu’il faut penser et nourrir. C’est par la politique que se dira le sens de ces colères, si elles se prolongent ou non en issues émancipatrices. Le rejet de la macronie est en marche, ouvrant une crise politique majeure. À mesure que l’exaspération s’exprime par tous les pores de la société, Emmanuel Macron plonge dans des abîmes d’impopularité. Il apparaît désormais pour ce qu’il est : un arrogant président des riches, maître d’œuvre des vieilles recettes politiques des années 1990, avec un mépris du monde populaire totalement décomplexé. Soyons lucides : le rejet ne fait pas une issue progressiste. Les colères contemporaines donnent le ton mais ne portent pas en soi de cohérence. Les « gilets jaunes » sont de ce point de vue tout à fait symptomatiques. La revendication concrète contre la taxe sur les carburants ou l’expression d’un « ras-le-bol » général disent beaucoup des failles contemporaines, béantes, mais ne donnent pas le sens de l’alternative à Macron. Deux logiques peuvent être prolongées à partir de cet élan contestataire. Faut-il remettre en cause l’impôt et les taxes ou cibler l’injustice fiscale ? Faut-il marginaliser le défi environnemental ou prendre à bras le corps l’impératif écologique dans un esprit d’égalité sociale et territoriale ? Du choix opéré sur ces questions comme sur d’autres dépend la façon de faire société.

C’est pourquoi, sur la scène politique, l’heure doit être à la confrontation des visions du monde. La politique s’invente et se fabrique en lien avec les rapports de force à l’œuvre en termes d’hégémonie culturelle et de conflictualité sociale. Elle donne à voir et à choisir des interprétations de ces colères et des façons de les agencer avec un ensemble de solutions qui offre une direction, ou une autre.

Notre séquence historique est marquée par un fait qu’il ne fait pas sous-estimer : l’extrême droite avance ses pions. Sans doute croit-elle son heure arrivée. La vague Trump, Bolsonaro et autres Salvini lui donne évidemment des ailes. Il n’est pas question de leur donner le point, ni de sous-estimer nos potentialités qui sont réelles, mais mesurons bien la pugnacité et le rassemblement nécessaire pour que le brun recule dans notre pays et ailleurs. Pour cela, ma conviction est qu’il ne faut rien céder sur le fond, rien concéder à leurs présupposés, rien accepter de confusions ou de connivences avec cette gangrène réactionnaire, autoritaire, xénophobe, sexiste, homophobe, étrangère à l’écologie et faussement sociale car toujours au final adepte des lois du marché C’est donc par une cohérence de projet, de discours, de symboles, contre leur cohérence de projet, de discours, de symboles que nous ferons reculer l’extrême droite. Elle n’est d’aucun combat contre les géants de la finance et pour le droit du travail, nous devons affirmer sans relâche que les catégories précaires et modestes, avec la société tout entière, ne peuvent vivre mieux sans une mise en cause du pouvoir du capital et une extension des droits et protections. Elle se moque du partage des richesses, opposons-lui toujours plus fortement ce parti pris. Elle est climato-sceptique ou étrangère à l’ambition environnementale, nous devons sans relâche affirmer notre volonté de changer radicalement de modèle de développement pour préserver l’écosystème et lutter contre le réchauffement climatique. Elle pointe les immigrés comme le mal absolu, nous devons défendre fièrement le devoir d’humanité. Elle prône le repli sur les frontières nationales, assumons notre internationalisme qui porte, loin du repli, l’exigence d’un monde plus juste et, loin de la globalisation, le désir de mondialité. Elle est du côté de l’ordre et de la surveillance généralisée, mettons en avant notre attachement viscéral aux libertés et à la démocratie. Elle est comme un poisson dans l’eau dans la manif pour tous, redoublons d’implication en faveur de l’égalité entre les sexes et les sexualités. Elle n’hésite pas à dresser le peuple contre les intellectuels, nourrit les thèses complotistes, affirmons le lien nécessaire entre production intellectuelle, artistique, et transformation sociale. Elle a pour terreau le ressentiment, ayons conscience que notre moteur est l’espérance.

En 2005, lorsque nous avons défendu le « Non » au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, nous étions déjà face à la difficulté du Non choisi par l’extrême-droite. Nous avions alors réussi à prendre l’hégémonie culturelle en mettant en mouvement de façon autonome, sur nos bases, des forces sociales, politiques et culturelles. Nous avons gagné.

Aujourd’hui, la contestation est mordante et grandissante, les solutions se cherchent mais les repères sont bousculés et les cadres traditionnels de médiation essoufflés. Le groupe parlementaire insoumis, dans lequel je siège, pose jour après jour à l’Assemblée nationale les jalons de cette vision cohérente d’ensemble, sociale et écologiste – je note que les députés communistes agissent globalement dans la même direction. Nous avons besoin de ce fil à plomb et de l’obsession visant à fédérer les forces sociales, politiques, culturelles qui s’en réclament.