Les très dangereuses incohérences de Macron

Par Clémentine Autain | 14 avril 2020

Très attendue, l’allocution du Président de la République aura donc duré 27 minutes. Le ton n’était pas guerrier cette fois-ci. Tant mieux. Et il a plu des remerciements. À la bonne heure…

Mais concrètement ? Les annonces brillent par leurs contradictions. Nous resterons donc confinés jusqu’au 11 mai. À partir de cette date, les crèches et les écoles seront progressivement ré-ouvertes. Ce sont des lieux de contagion par excellence et d’ailleurs, ce furent les premiers fermés au début du confinement car les enfants propagent le plus le virus. Auront-ils les moyens d’assurer la protection ? Sans aucune annonce précise en matière de production de masques et de tests, Emmanuel Macron évoque les gestes barrières qui y resteront nécessaires. Dans une classe de 25 ou 35 élèves, il va vraiment falloir pousser les murs pour assurer les 1 mètre de protection ! Dans les cours de récréation, souhaitons bon courage aux surveillants pour éviter les uns de postillonner sur les autres ! Philippe Klein, médecin français basé à Wuhan, dit que « pour bien réussir le confinement et le déconfinement, les enfants doivent être les premiers à rester à la maison et les derniers à en sortir ». Or le Président a précisé que les étudiants, eux, ne reprendraient qu’en septembre. L’objectif n’est donc pas scolaire… Il s’agit avant tout de permettre aux parents de retourner travailler. Car les étudiants, contrairement aux plus jeunes, peuvent se garder tout seul. La relance de la machine économique a pris le dessus sur la protection sanitaire. La séparation de l’État et du Medef, ce n’est visiblement pas pour demain… Qu’importe les conditions, pourvu que le système se remette en route…

Hier soir, le plan de marche pour combattre le virus, avec de l’anticipation et de l’organisation précise, pour envisager de façon cohérente une sortie du confinement est resté introuvable. Nous savons que le dépistage massif est la clé. C’est le point de vue largement affirmé par les scientifiques. Sommet de contradiction dans le discours de Macron, les personnes qui auront des symptômes de la maladie seront testées mais pas les sujets asymptomatiques. Or ces derniers sont contagieux ! Comment allons-nous ainsi échapper à une deuxième vague de Covid19 ? Ce n’est absolument pas sérieux.

Pour le reste, j’ai peu goûté cette façon, qui n’est pas nouvelle, de faire porter l’essentiel de la responsabilité sur chacune et chacun d’entre nous. Les entreprises non essentielles qui continuent ou reprennent leur activité sans être en mesure de protéger ceux qui travaillent n’ont pas été pointées du doigt mais la réussite du dé-confinement dépendrait de notre seule capacité individuelle à respecter, d’ici au 11 mai, les règles de confinement. Autrement dit, si deuxième vague il y a, ce sera de notre faute et non de celle de l’impréparation gouvernementale. Macron croit sans doute avoir sorti ici son parapluie anti-critique mais la ficelle est vraiment grossière.

Enfin, dans un mouvement douteux de triangulation politique, nous avons entendu Macron évoquer la Révolution française et les Jours Heureux. Diantre. Ces grandes heures de notre histoire sont celles des conquêtes sociales et non des régressions. Comment l’artisan de la fin de l’ISF ou de la contre-réforme des retraites peut-il s’inscrire dans le fil de ces temps de partage des richesses et d’élévation des droits ? Jouant la carte de l’humilité, il a affirmé que la crise sanitaire l’avait lui-même changé. Tel le Guépard, on a le sentiment qu’il prétend que tout va changer pour que rien ne change. Et on se demande au final ce qui est sincère dans son discours et ce qui relève de la pure communication politique. Au regard de la tragédie que nous traversons, il est dangereux de se payer de mots quand on dirige le pays. Le réel ne peut que rattraper ceux qui, aux manettes, auront menti et rendu impossible une sortie du confinement sûre et socialement juste.

Clémentine Autain

Des masques, pas des bâillons

Par Clémentine Autain | 12 avril 2020

En cette fin de quatrième semaine de confinement, ressentir le tragique sans percevoir d’issue produit un effet terriblement asphyxiant.

Compter les morts n’est pas une perspective.

Rester confinés depuis des semaines sans le moindre scénario de sortie de cet état de privation de liberté et de peur des autres, c’est insupportable.

Emmanuel Macron doit s’adresser aux Français lundi soir. Sa parole, comme celle du gouvernement, s’est déjà fracassée sur le mur du réel. Les masques promis ne sont pas là. Pour comprendre un tel fiasco, il faut lire les deux enquêtes de Mediapart sur la succession de négligences et l’impréparation criminelle du gouvernement (1). Elles sont accablantes.

Les messages contradictoires et le défaut de projection ont créé une situation d’immense défiance à l’égard du pouvoir en place. Seuls 38% des Français font confiance au gouvernement (2). C’est un lourd handicap pour faire face à la pandémie.

Je le répète et le répète encore, ce qu’il nous faut, c’est un plan précis, organisé, anticipé dans le temps, de production du matériel nécessaire pour soigner, prévenir et envisager une sortie du confinement. Sans masques, sans tests, en quantité massive, comment s’en sortir ?

Ce n’est pas avec un discours martial, guerrier, viril que nous avancerons. Nous avons besoin de nous défendre contre un virus agressif, de protéger les populations les plus vulnérables, de prendre soin de nous. Nous avons aussi besoin de changer d’imaginaire, de normes, d’horizon.

Ayons conscience que si les femmes sont largement absentes du monde des experts, des dirigeants, des décideurs, elles sont les premières à faire tenir la société dans ce moment de chaos. Aides-soignantes ou caissières, au charbon dans les Ehpad ou les services publics, les femmes occupent massivement les postes clés pour soigner, panser, parer à l’indispensable. Mais leur voix reste globalement introuvable dès que l’on grimpe dans l’échelle du visible et du décisionnel. C’est fou ! Ou plus exactement, c’est le produit de la domination masculine. J’aimerais que nous prenions conscience que les femmes ont une histoire et une expertise liée à leur quotidien très précieux pour façonner une société de progrès humain. Leur rapport au pouvoir et aux soins est culturellement différent, et nous en aurions franchement besoin pour sortir de normes traditionnelles masculines qui nous conduisent à bien des égards dans l’impasse aujourd’hui.

Il faut bien avoir en tête les conséquences sociales et psychologiques du confinement. À la clé, c’est la récession, la paupérisation, la violence qui s’annoncent. Je le répète et le répète encore, il faut penser les bifurcations, le changement de modèle de développement pour que l’après soit mieux que l’avant, et non une dose toujours plus vertigineuse de potions néolibérales et productivistes. Et ce d’autant que, les catastrophes climatiques de demain, avec leur lot d’injustices, ne pourront être ignorées comme on l’a fait avec le coronavirus.

Pendant tout ce temps qui défile, je suis frappée par le confinement du débat démocratique. Comme si face au tragique, il ne fallait pas discuter, se disputer, permettre la confrontation des issues possibles. On ne compte plus les grandes émissions et les journaux télévisés où seuls les ministres donnent la réplique. Les éditorialistes les moins mainstream semblent avoir disparu. Bien sûr, nous ne sommes pas en Chine, les réseaux sociaux ou les médias en ligne abondent d’informations et de points de vue divers. Mais les voix d’opposition sont marginalisées sur les grandes chaines.

Nous voulons des masques, pas des bâillons.

Clémentine Autain

(1) https://www.mediapart.fr/journal/france/100420/masques-apres-le-mensonge-le-fiasco-d-etat
(2) https://www.lejdd.fr/Politique/sondage-coronavirus-la-defiance-sinstalle-contre-le-gouvernement-3961352

Monsieur le ministre, qui doit faire des efforts ?

Par Clémentine Autain | 11 avril 2020

« Rien ne sera comme avant », assurait Emmanuel Macron. C’était il y a fort peu de temps mais, pour le pouvoir en place, l’idée de changement de paradigme paraît déjà loin… Hier, le ministre de l’économie a voulu rassurer ceux qui craignent que des leçons ne soient tirées de la crise. Que personne ne s’inquiète, la « croissance » reste l’impératif suprême et la dette, la dette, la dette est déjà agitée comme un épouvantail pour préparer les attaques des droits et protections.

Traduisons-les : le système doit repartir et non changer. Il faut, nous dit Bruno Le Maire, « se remettre fortement au travail ». Les dispositions des ordonnances coronavirus, qui détruisent le code du travail, vont-elles être transcrites dans le droit commun après la crise ? Les propos du ministre de l’économie en donne clairement le sentiment.

Mettre à contribution les plus riches et les flux financiers ? Repenser la valeur des métiers ? Partager le temps de travail pour lutter contre le chômage et améliorer la qualité de vie ? Relancer l’activité en investissant dans la transition énergétique ou les métiers du soin ? Refonder notre modèle de développement afin de modifier ce que l’on produit, de répondre aux besoins pour une vie qui ait du sens et une activité économique soutenable écologiquement ? Accroître le socle des droits et protections ? Annuler la dette des États ? Pour une telle réorientation politique, nous ne voyons rien venir… La raison est profonde : le cadre de pensée du gouvernement empêche d’enclencher les bifurcations nécessaires. Il faut changer de cadre.

Dans cette trajectoire vers un nouveau choc néolibéral, l’Union européenne se révèle un allié décidément solide. Si affaiblie, et depuis longtemps, aux yeux des peuples européens, l’Union a d’abord montré toute son impuissance et son inanité pendant les longues premières semaines de crise sanitaire. Pendant que l’institution européenne brillait par son absence, les Chinois ou les Cubains apportaient du matériel ! Hier soir au Journal Télévisé, c’est avec tambours et trompettes que l’on nous annonçait le plan de soutien européen. Miracle, nous disait-on en substance, un accord a été trouvé ! On y voyait une image de Bruno Le Maire dans son bureau avec ses collaborateurs, bras en l’air de joie. Le champagne était sans doute au frais. Pourtant, ce n’est vraiment pas Byzance… Face à l’ampleur de la récession qui s’annonce, aux difficultés en chaîne pour une grande partie de la population, évidemment la moins privilégiée, la montagne a encore accouché d’une petite souris.

Le chiffre de 540 milliards peut impressionner mais rapporté aux besoins des États qui vont affronter une récession hors norme et compte-tenu des conditions de prêt, il n’y a vraiment pas de quoi saluer un geste inédit, à la hauteur d’une crise inédite (à lire : http://emmanuelmaurel.eu/2020/04/10/eurogroupe-la-solidarite-europeenne-toujours-confinee/). Le volet d’aide au chômage partiel – 100 milliards – va permettre de soulager un peu les États. Mais prenons l’exemple de la France, sans doute bien en-deçà des drames sociaux à venir en Italie ou en Espagne : avec environ 7 millions de chômeurs en perspective, ce sont 40 milliards d’euros qui sont nécessaire pour notre seul pays ! Nous sommes donc très loin du compte.

Surtout, le Mécanisme Européen de Stabilité autorise les États à emprunter de l’argent à de faibles taux d’intérêt mais à condition qu’ils se soumettent au contrôle budgétaire de la Commission européenne, ici pour tout ce qui ne concerne pas la santé. C’est en tout cas la lecture néerlandaise du texte de l’accord, et probablement la plus juste. On reste dans les clous du dogme de l’Union, avec ses normes d’austérité. Le triste résultat est pourtant connu, il n’y a qu’à regarder l’état de la Grèce après les cures imposées à répétition. Changer de braquet, l’Union européenne ne s’y apprête pas du tout. Elle fonce dans le même mur. La mutualisation des dettes fait l’objet d’un refus catégorique des partisans de l’orthodoxie budgétaire, en l’occurrence, l’Allemagne et les Pays-Bas. Les égoïsmes nationaux tiennent le fil du désastre.

Le néolibéralisme viscéral et dominant empêche de prendre les mesures qui permettraient d’anticiper et de bifurquer. Il faut bien comprendre qu’il s’agit là simplement de prêts. Or, contrairement aux idées-reçues, il est parfaitement possible de faire tourner la planche à billets ! Je rappelle qu’au moment de la bataille sur le Traité Constitutionnel Européen en 2005, avec les partisans du non de gauche, nous n’avons cessé de dénoncer l’indépendance de la Banque Centrale Européenne (BCE). Et pour cause… La BCE doit être un outil permettant de ne pas passer par les marchés financiers pour intervenir mais d’assurer des aides directes, d’effacer tout ou partie de la dette d’un État ou de financer une série d’investissements, écologiques ou sociaux, par la création monétaire. Or scoop : le 9 avril dernier, la banque d’Angleterre a annoncé qu’elle allait financer directement « sur une base temporaire et à court terme » les dépenses supplémentaires du gouvernement britannique liées aux conséquences de la pandémie (https://www.mediapart.fr/journal/economie/090420/la-banque-d-angleterre-brise-le-tabou-du-non-financement-des-etats). Un verrou saute dans le pays phare du néolibéralisme. L’Union va-t-elle en prendre de la graine ? Elle n’en prend malheureusement pas le chemin.

La dette est un prétexte, une forme contemporaine pour détruire les solidarités. La notion de croissance signe le mépris du désastre productiviste et consumériste. Cette voie n’est non seulement pas souhaitable mais elle n’a absolument rien d’inéluctable. Elle relève du choix politique et provient de dirigeants totalement aveuglés par leur carcan idéologique.

Puisqu’ils en sont incapables, à nous de nous emparer des solutions alternatives qui jaillissent de toutes parts dans une cohérence nouvelle qui s’affirme. Vite.

Clémentine Autain

(Source : https://www.europe1.fr/economie/coronavirus-contre-la-crise-nous-avons-choisi-la-dette-le-seul-choix-responsable-estime-le-maire-3961012)

En avant, pas comme avant

Par Clémentine Autain | 9 avril 2020

Les appels à l’État pleuvent de toutes parts. À l’orée de ce XXIe siècle où le tout marché avait pris la main, où l’État était réduit à déchaîner la compétition ou l’austérité, comment ne pas ressentir un vent de fraîcheur ? Les services publics sont plébiscités. L’obsession de la rentabilité pour notre système de soins, visiblement criminelle, n’est plus à l’ordre du jour. La menace du Covid 19 nous fait redécouvrir les atouts d’un État protecteur, capable d’organiser la protection des citoyen.ne.s. La globalisation est pointée du doigt comme responsable de dangereuses dérégulations. L’idée de nationalisation ou de réquisition s’énonce sans susciter des cris d’orfraies. Je ne parle pas ici des mots flottants de la macronie le temps d’une crise mais de l’état d’esprit général du moment. Oui, ça fait du bien.

L’époque change à une vitesse ébouriffante. Il est d’ailleurs intéressant de voir les convergences programmatiques s’affirmer au sein des gauches et des écologistes, comme le note Pauline Graulle dans Mediapart (1). Les curseurs politiques d’un large rassemblement se cherchent. Ma conviction est qu’il n’émergera pas d’un cartel de partis mais d’une dynamique sociale et politique, capable d’articuler des exigences sociales et écologistes, capable aussi de dégager à la fois une grande cohérence et de laisser vivre le pluralisme. Les termes, le récit, l’imaginaire de ce « nouveau tout » capable de porter une espérance doivent trouver une expression nouvelle pour être fédératrice dans notre séquence historique.

Pour qu’émerge ce chemin d’émancipation humaine, nous devons faire face à la macronie, à toute cette idéologie néolibérale et technocratique qui gouverne depuis trop longtemps. Nous devons également pilonner l’ascension de l’extrême droite qui espère tirer les marrons du feu de la crise sanitaire, en misant sur le repli nationaliste et l’autoritarisme, en espérant engranger sur la tentation de revenir « au bon vieux temps ». C’est pourquoi je crois profondément que les mots et les idées que nous avançons doivent charrier une représentation de la société qui nous dissocient clairement des deux autres options politiques en présence. De la clarté des différents chemins possibles dépend notre capacité à gagner.

Mon optimisme me porte à penser que nous avançons collectivement dans ce cheminement vers une narration renouvelée. Je veux malgré tout pointer ici un aspect, et non des moindres, qui me préoccupe. La valorisation du rôle de l’État et la critique de la mondialisation telle qu’elle ne va pas ne sauraient conduire à nous associer au Gosplan ou à l’enfermement dans les frontières nationales. Les nationalisations font partie des possibilités pour reprendre la main sur la production. Elles ne sont pas les seules. Les formes de type Scop, c’est-à-dire des reprises par les salariés d’une entreprise, sont aussi des réponses souhaitables pour toute une série d’activités. Elles ne règlent pas tous les enjeux économiques et de pouvoir mais elles participent de la réponse. Nous avons besoins de lois qui interviennent dans l’ensemble de l’économie, notamment en tordant le cou à sa financiarisation, pour orienter ce que nous fabriquons, dans une perspective de changement social et écologique. La question de la démocratie dans l’entreprise est majeure. Pour choisir l’affectation des bénéfices ou des choix stratégiques de l’entreprise, il faut augmenter le pouvoir de celles et ceux qui y travaillent là où les possédants des capitaux ont toute latitude aujourd’hui. Mais pas seulement ! Qui décide de ce que l’on produit ? Les usagers, les consommateurs, les citoyens ne peuvent plus être exclus de ces choix. La seule main de l’État ne suffit pas à régler la question. Penser une appropriation sociale des outils de production est indispensable. C’est l’ensemble de l’économie qui doit être tournée vers le bien commun, et non seulement les entreprises d’État – ce qui par ailleurs ne suffirait pas à en être une garantie absolue et dans la durée. De la même manière, il faut relocaliser l’économie pour arrêter l’immense gâchis environnemental que produisent les flux mondiaux de marchandises. C’est aussi une façon de redonner de la souveraineté aux peuples. Mais croire que nous pourrions régler tous les problèmes à une échelle nationale est totalement illusoire. On le voit avec la pandémie : nous sommes interdépendants. On le sait également avec le climat : les émissions de gaz à effet de serre ne s’arrêtent pas aux frontières. C’est pourquoi protéger notre économie de la globalisation néolibérale est nécessaire mais ne suffit pas à répondre aux défis de notre temps.

L’État est un outil, il n’est pas le seul. La nation est une échelle de souveraineté, elle n’est pas la seule. Rien de magique donc dans l’affirmation de l’État et de la nation, tout dépend ce que l’on en fait, et aussi de comment on transforme l’appareil d’État puisqu’il n’est, par exemple, pas neutre du point de vue des rapports de classe. Quand Donald Trump se réclame de la souveraineté américaine pour décider qu’il ne respectera pas les engagements visant à limiter les gaz à effet de serre, il aliène la souveraineté de tous les peuples du monde. Je pense aussi à l’utilisation possible d’un État fort pour surveiller nos libertés avec le « tracking » contrôlant nos allers et venues. Je pense aussi à la fermeture des frontières en matière de circulation des personnes. Ce n’est pas là le sens de la société que nous voulons construire. Nous cherchons à accroître les libertés et la coopération entre les peuples. Nous visons la justice sociale et la transition écologiste. Et pour se faire, il faut changer de République, ouvrir un processus constituant dans lequel la question de nos besoins devra être largement discutée et l’enjeu de l’élévation des droits et protections franchement affirmé.

Clémentine Autain

(1) https://www.mediapart.fr/journal/france/090420/crise-sanitaire-la-gauche-et-les-ecologistes-travaillent-sur-un-apres-bien-incertain?page_article=2 Extrait : « Les frères ennemis de la gauche avaient déjà commencé à faire des pas les uns vers les autres lors de la campagne pour le premier tour des élections municipales (voir ici ou là). À lire la profusion de littérature politique qui a vu le jour ces dernières semaines – les 11 propositions d’urgence de La France insoumise du 20 mars, et ses 25 propositions pour sortir de la crise au niveau européen du 26 mars, la « contribution » du PCF du 31 mars, mais aussi le courrier d’Olivier Faure à Emmanuel Macron daté du 22 mars ou le document des Verts de ce début avril –, force est de constater qu’ils convergent de plus en plus sur le fond.

De EELV à La France insoumise, en passant par le PCF, Génération·s et même le PS, tous réclament une planification sanitaire plus forte, des renationalisations – pérennes ou « temporaires » pour le PS –, des entreprises stratégiques (de production des masques, des tests ou des médicaments), une relocalisation à l’échelon national ou européen de certaines activités. Sans oublier de « massifs » plans de relance économique et écologique, la fin du Pacte européen de stabilité et du « totem » des 3 %, et, pour La France insoumise et les Verts, l’annulation ou le gel de la dette des États détenue par la Banque Centrale européenne… Les organisations demandent encore à l’unisson le rétablissement de l’ISF, la suppression des réformes des retraites et de l’assurance-chômage dont on voit mal comment le gouvernement pourrait les faire aboutir dans le contexte post-traumatique qui s’annonce. »

GRATITUDES ET INQUIETUDES

Par Clémentine Autain | 8 avril 2020

Toutes ces images représentent des personnes, agents municipaux, salariés dans des secteurs indispensables, militants associatifs, bénévoles, qui font vivre la solidarité et l’entraide à Sevran, Villepinte et Tremblay. Quand je les regarde, c’est la fierté d’un territoire que je ressens. C’est aussi une immense gratitude. Je les pose là aujourd’hui parce qu’hier, le Président de la République est venu à Pantin, en Seine-Saint-Denis. Derrière la polémique sur l’attroupement qu’il a suscité, en pleine période de confinement, et sur le fait qu’il ne portait à la fin plus de masque, c’est le défaut d’annonces qui m’a frappée. 
Alors que notre département est touché par une surmortalité et des conditions de confinement plus difficiles qu’ailleurs, avec des populations particulièrement sollicitées pour les activités indispensables (et pour celles non indispensables qui continuent au mépris de la santé de celles et ceux qui travaillent), Emmanuel Macron a remercié les soignants pour leur engagement et les habitants pour le respect des règles de confinement. Ce qui est attendu à l’hôpital, c’est du matériel. (https://infodujour.fr/…/32683-penurie-de-masques-au-dela-de…) Face aux personnels qui l’ont interpellé sur les multiples pénuries, Macron n’a eu pour réponse que le manque d’anticipation, « on ne pouvait pas prévoir ». Le plan de production reste décidément un mystère. Ce qui est attendu, ce sont aussi des mesures de soutiens financiers pour les populations les plus fragiles et des compensations, tant espérées depuis des décennies, pour un département qui vit une rupture d’égalité. Dire merci, c’est bien. Agir en dégageant des moyens, c’est autrement mieux quand on incarne le pouvoir en place.

Clémentine Autain