DE LA COLÈRE À L’ESPOIR

Par Clémentine Autain | 19 novembre 2018

C’est loin des lieux de pouvoir que la colère s’est exprimée aujourd’hui, fortement. Contre l’injustice. Pour une vie digne pour tous et partout. Les slogans des manifestants s’en sont clairement pris à Macron qui donne aux riches avec la fin de l’ISF, ne taxe pas le kérosène et laisse les grands groupes salir tranquillement la planète mais fait les poches de ceux qui ont de plus en plus de mal à joindre les deux bouts. Le gouvernement ne veut pas entendre et changer de braquet. Il faudrait partager les richesses et changer radicalement de modèle de développement. Il ne le veut pas.

L’extrême droite et la droite d’opposition, qui se croient comme des poissons dans l’eau au sein du mouvement des gilets jaunes, s’en tiennent à leur critique de l’impôt et à leur mépris de l’écologie. Leur modèle libéral économiquement et autoritaire ne peut offrir un avenir meilleur à ces vies qui crient leur désarroi et leur ras-le-bol général.

Il appartient aux forces sociales et écologistes, dans et hors de cette manifestation, de se fédérer pour tracer une perspective de progrès humain, pour promouvoir des solutions concrètes au service de l’émancipation. C’est la cohérence de cet autre chemin que nous avons à faire grandir. Allier justice sociale, égalité territoriale et transition écologique donne le sens du changement nécessaire. Loin du ressentiment et du rejet des taxes en tous genres sur lesquels surfent les droites dures, c’est un projet de société fondé sur la mise en commun et le développement des libertés qui peut donner envie de se battre plus encore. Après la colère, il faut ouvrir l’espoir.

Jack Ralite, rouge tendre

Par Clémentine Autain | 15 novembre 2018

Je suis très heureuse d’avoir participé à la soirée organisée par la SCAM ce 15 novembre en hommage à Jack Ralite. La diffusion d’un film réalisé par Yves Jeuland, à partir d’extraits de l’entretien réalisé pour son magnifique documentaire Camarades, nous a permis d’entendre à nouveau la voix de Jack, de retrouver son ancrage populaire, sa fidélité communiste, son engagement pour le monde culturel. Il était très émouvant de retrouver sa vitalité d’esprit, ses rires, ses convictions et ses tranches de vie.

J’ai eu la chance de le rencontrer dans mon enfance. Sa personnalité qui alliait intelligence sensible et sens de l’action a nourri mon imaginaire politique. Le film d’Yves Jeuland nous rappelle ses deux mots d’ordre, l’émancipation et la liberté de création : « Mettez ces deux choses-là ensemble, ça fait un bouquet composé, avec toutes les fleurs. » Ce lien tissé doit être notre fil rouge.

Gramsci à l’italienne

Par Clémentine Autain | 8 novembre 2018

Prix du carburant : quand l’anti-social prend le masque écologique

Par Clémentine Autain | 4 novembre 2018

Le 17 novembre prochain, les automobilistes exaspérés par la montée du prix de l’essence et du Gasoil sont appelés à manifester en bloquant les routes. Elue d’un territoire de grande banlieue, je connais bien la dépendance quotidienne à la voiture pour aller travailler, emmener les jeunes au lycée, faire tout simplement ses courses ou des examens médicaux. Je sais, comme vous, que l’achat d’une voiture diesel n’a pas été un acte d’amour pour les particules fines qui empoisonnent nos villes et nos enfants. L’étalement urbain, l’éloignement des services publics, les subventions au gasoil et au diesel : nous les avons subis. Et nous nous y sommes opposés. Ici, à Tremblay, Sevran, Villepinte, je peux témoigner de la mal vie, de la souffrance des transports en communs défaillants et si chers.

Alors que faire ? D’abord, sans hésitation, s’opposer à cette arnaque qui consiste à nous faire croire que ces hausses font partie d’une stratégie contre le réchauffement climatique. Le nouveau ministre de l’écologie, François de Rugy, ose prétendre que la preuve de cette politique écologique est que son budget de 34 milliards correspond exactement au montant des taxes prélevées. S’il voulait nous écœurer et nous énerver davantage, il ne s’y prendrait pas autrement. Ainsi donc, la grande politique écologique de ce gouvernement doit être payée par les automobilistes. Les grandes entreprises qui polluent continueront d’empocher le CICE, le transport aérien ne subit pas les foudres de taxe sur le kérosène, les croisières et les jets privés poursuivront sans entraves leur promenade pour les plus riches. Une nouvelle fois, c’est au grand nombre de payer la facture, au moment même où les prix ne cessent de grimper contrairement aux salaires, rendant les fins de mois toujours plus difficiles. Le gouvernement a tout faux et montre que le tournant que nous attendons tous n’est toujours pas d’actualité.

Ce que nous voulons c’est que le fret soit développé. En dix ans, il a reculé, passant de 12% des échanges de marchandise à 6%. Ce que nous voulons, c’est une grande politique en faveur des transports en commun. Or le gouvernement nous annonce encore des retards sur les lignes de métro attendues. Il privilégie la liaison aéroport Charles de Gaulle/Paris alors que nous sommes des centaines de milliers à demander des investissements pour la ligne B du RER. Comme Nicolas Hulot l’a rappelé, l’Etat ne subventionne que très peu les réhabilitations thermiques des bâtiments et il continue de « rationaliser » les services publics, c’est-à-dire de les supprimer : fermetures des postes, des gares, des maternités, des palais de justice, etc.

Au travers de leur révolte sur le prix du carburant, les Français expriment une colère qui vient de loin. Cette colère, elle s’appelle pauvreté, territoires abandonnés, sentiment d’être pigeonné. Il ne faut pas laisser cette colère exploitée par l’extrême droite qui se fiche comme d’une guigne des enjeux climatiques, des inégalités, des abandons de services publics. Il ne faut pas se tromper de combat. Nous ne sommes pas pour un nombre croissant de voitures particulières. Nous savons que nous ne pouvons continuer à dégrader l’environnement sans courir un risque vital pour l’humanité. Mais nous ne pouvons pas accepter que les payeurs de ce nécessaire changement soient les premières victimes des pollutions.

Nous ne pouvons accepter que l’impôt indirect pèse toujours sur les plus faibles.
Ce qu’il nous faut, c’est une autre politique, qui allie justice sociale et lutte contre le réchauffement climatique. Je me bats pour une politique globale qui ne prendra pas les habitants des petites et moyennes villes, de la campagne et de la banlieue pour des gogos.

Je ne serai pas le 17 dans les blocages parce que je ne me vois pas défiler à l’appel de Minute et avec Marine Le Pen, et que je sais combien notre enjeu est celui d’une réelle transformation, d’un changement de modèle de développement incluant la transition énergétique, l’égalité entre les personnes et les territoires. Je ferai tout mon possible pour que les décisions prises se conjuguent avec justice sociale et recul effectif, massif, des émissions dangereuses.

Contre la peste brune, faire grandir la résistance et l’espoir

Par Clémentine Autain | 29 octobre 2018

Le réveil est douloureux. C’est Jair Bolsonaro qui a emporté la mise avec son autoritarisme, son racisme, son sexisme, son homophobie et son funeste programme anti-social. Lula emprisonné, le camp humaniste a cumulé les handicaps pour résister. On le dit peu mais Bolsonaro a bénéficié du soutien actif de la classe dominante brésilienne. Les manifestations monstres, la force des mouvement sociaux, la résistance politique n’ont pas eu raison du retour en force de la peste brune.

Mes pensées vont aux Brésiliens, à toutes celles et ceux qui ont tenu tête et ne courberont pas l’échine. Il va falloir du cran et de la solidarité internationale car Bolsonaro a prévenu : « Les gens de gauche devront choisir entre la prison et l’exil ». La démocratie est clairement et violemment menacée. La région latino-américaine va se trouver déstabilisée. Nous savons aussi que l’onde de choc n’est pas circonscrite géographiquement car les forces politiques de droite extrême se répandent aux quatre coins de la planète.

A nous d’élever un mur contre le fascisme. A nous de faire vivre, à l’échelle internationale, une espérance émancipatrice. L’heure tourne.