Plus le libéralisme avance, plus les services publics reculent

Par Clémentine Autain | 19 septembre 2018

Après le logement et l’éducation : la santé. Ce gouvernement n’en finit pas de s’attaquer à la fonction publique et à tous les services qu’elle fait vivre pour le bien commun, la solidarité, le lien social. La macronie s’est fabriqué un coupable idéal à « la dette, la dette, la dette », prétexte à broyer les conquêtes sociales. Une logique infernale qui défait consciencieusement tous les biens communs et donne toujours plus de place au privé. Au mépris de la solidarité et de la qualité de vie du grand nombre.

1 800 postes en moins dans l’enseignement secondaire, voilà le cadeau de JM. Blanquer, ministre de l’Education nationale, aux 40 000 élèves supplémentaires qui entreront au collège l’année prochaine. Un non-sens. Une part de ces emplois toucheront les services administratifs… Que dire alors de ces conseillers d’orientation qui manquent déjà cruellement dans les rangs pour accompagner ces jeunes, confrontés à des choix d’avenir de plus en plus restreints ? Que dire de ces auxiliaires de vie qui font défaut à tant d’enfants handicapés ?

Notre système de sécurité sociale et de santé publique progressivement détruits

À chaque jour suffit sa peine, c’était hier le tour de l’hôpital public avec le mal-nommé plan « ma santé 2022 ». Mais notre système de sécurité sociale et notre santé publique sont en réalité progressivement détruits. Les 400 millions d’euros annoncés en plus ne sont en réalité que 400 millions à économiser en moins. Comprenez : l’année dernière, ils supprimaient 4,2 milliards d’euros dans le budget de la santé, cette année, « seulement 3,8 milliards d’euros ».

Pour les usagers, c’est l’obligation de se tourner vers le privé, de se débrouiller individuellement là où la conception même de bien commun perd son sens. Combien d’étudiants ont disparu des radars de Parcoursup cet été, forcés de s’en remettre à des formations payantes faute de mieux ?

L’austérité budgétaire à marche forcée

Pour les agents, c’est l’absence totale de reconnaissance et même la mise en cause par ce gouvernement de leur engagement au service du plus grand nombre. Avec toutes les répercussions sur le moral des agents que l’on connait, notamment dans les hôpitaux. Ces agents qui doivent faire face à l’augmentation des besoins des patients avec toujours moins de moyens et moins de temps. Mais ce gouvernement a choisi de maintenir le gel du point d’indice pour une année supplémentaire, ajoutant le grignotage progressif du pouvoir-vivre à la détresse psychologique des conditions de travail. N’en déplaise aux idées reçues, les professeurs se paupérisent à une vitesse inquiétante, le revenu des enseignants français étant l’un des plus faibles d’Europe.

L’austérité budgétaire à marche forcée tourne le dos aux progrès humains, à l’accès à la santé, à l’éducation, aux biens communs partout et pour tous. À ce dogme néolibéral, nous disons qu’il faut au contraire répondre par l’investissement dans la jeunesse, le développement de nouveaux services de santé, notamment aux plus âgés dans les ehpad, qui répondent à de nouveaux besoins et qui sont essentiels pour assurer un accès digne de tous aux services publics. Et c’est possible. À condition de partager les richesses, et donc de changer de logique politique.

L’amour flou : un film aussi original qu’emballant

Par Clémentine Autain | 30 août 2018

Romane Bohringer et Philippe Rebbot reviennent du Festival d’Angoulême avec le prix du public, et j’en suis sacrément heureuse ! Leur film, qui sort le 10 octobre prochain, est un bijou tendre, drôle, subtil. L’Amour flou met en scène une histoire familiale d’un genre nouveau, à la façon de l’auto-fiction bien connue dans le roman contemporain. Ce récit à la fois pudique et déjanté brosse une épopée, celle d’une séparation amoureuse qui débouche sur l’installation dans une maison où les chambres des enfants raccordent l’appartement de l’un et l’autre parent. Rien d’évident à ne pas faire comme les autres, avec son chacun chez soi et les enfants en ballottage.

J’avais accepté de jouer une scène du film – mon propre rôle – parce que Romane Bohringer est l’une des femmes les plus convaincantes que j’ai rencontrée et que le sujet me touche particulièrement tant il me semble décisif pour aborder les enjeux de la famille, ou plutôt des formes de familles à inventer, en ce début de XXIe siècle. Sans lire le scénario, qui s’écrivait en même temps que le film se tournait, j’ai dit oui. Et me voilà ravie d’avoir modestement participé à cette aventure sensible et politique, épatée par l’audace et le talent de deux personnages qui donnent naissance à un film aussi original qu’emballant.

Loi contre les violences faites aux femmes : une immense déception

Par Clémentine Autain | 2 août 2018

Un 1er août, dans un hémicycle évidemment clairsemé, avec une salle des quatre colonnes vide, donnant lieu à de simples reprises dans la presse de la dépêche AFP, une loi famélique contre les violences faites aux femmes a été adoptée. La grande cause du quinquennat nous avait-on dit et redit… Misère.

La déferlante #MeToo n’aura pas été suivie d’une grande loi avec des moyens signant l’engagement inédit des pouvoirs publics pour accompagner concrètement cette libération de la parole. C’est une immense déception.

Face aux députés En Marche présents qui m’interrompaient sans cesse avec une véhémence singulière et peu démocratique – décidément, en macronie, il est difficile de supporter l’expression d’une opposition -, j’ai défendu une motion de rejet en réitérant notre volonté de voir advenir une grande loi cadre, avec des moyens sonnant et trébuchant pour accompagner les victimes de violences sexuelles, investir dans la formation des personnels de justice, de police, de santé, développer sérieusement l’éducation aux stéréotypes sexistes, soutenir le précieux travail du monde associatif et des travailleurs sociaux, assurer un nombre suffisant de places pour accueillir en hébergement d’urgence les femmes victimes de violences conjugales…Rien de tout cela n’est contenu dans la loi du gouvernement qui aura pour seul fait de gloire permis l’allongement du délai de dépôt de plainte pour les viols commis sur mineurEs, passant de 20 à 30 ans pour prendre en compte l’effet de l’amnésie traumatique. Il était temps mais, pour l’essentiel, le rendez-vous est manqué. Les Espagnols ont su le faire dès 2004. La Nouvelle Zélande vient de voter un congé de 10 jours pour les victimes de violence conjugale. Et nous restons l’arme aux pieds. Par manque de volonté politique. Par l’effet d’un imaginaire et de projets concrets étriqués, car colonisés par la sacro-sainte réduction des dépenses publiques avec laquelle les progrès sociaux deviennent contingents.

Sur ce sujet, je reste convaincue que nous aurions pu, du trouver un large consensus sur les bancs de l’Assemblée. Le rendez-vous est manqué.

ParcourSup, ou cachez-moi ces jeunes sans inscription que je ne saurais voir.

Par Clémentine Autain | 30 juillet 2018

Après le « Je n’ai pas porté de coup » d’Alexandre Benalla sur TF1, voici que le ministère de l’éducation nationale s’adonne lui aussi à la rhétorique Orwellienne. En effet, afin de masquer les défaillances du système ParcourSup, le gouvernement modifie l’apparence de la plateforme : les candidats mis en attente pour une proposition d’affectation sont désormais inscrits comme « candidats inactifs ». Comme s’ils portaient la responsabilité du manque de places dans l’enseignement supérieur…

Le gouvernement s’active lui, et tente désespérément de chercher quelques combines pour masquer le fiasco. Il demande par exemple aux universités d’accepter 10% de candidats supplémentaires par rapport au nombre réel de places. Il ferait pourtant mieux d’étudier l’impact de la démographie à long terme, et de voir la nécessité de nouveaux lieux de formation.

Quant à Muriel Pénicaud, ministre du travail, elle posait ce matin la question suivante au micro de France Inter : « Comment peut-on arriver à 20 ans et ne pas se projeter dans l’avenir ? ». Ces milliers de jeunes qui attendent une réponse sur ParcourSup forment probablement une partie de la réponse.

1984 d’Orwell, la macronie et nous

Par Clémentine Autain | 26 juin 2018

Le candidat Macron avait choisi pour titre de son livre de campagne un mot, emprunté aux forces politiques qui lui sont adverses : Révolution. Ce choix annonçait la couleur. Les mots et les références doivent brouiller les pistes et les esprits. Nous y sommes.

La ministre Marlène Schiappa a osé citer Karl Marx pour défendre les propos d’Emmanuel Macron sur les aides sociales qui coûtent « trop de pognons ». Pourtant, l’individualisme et la méritocratie promues par LREM n’ont absolument rien à voir avec l’émancipation des travailleurs voulue par Marx. Le partage des richesses qu’il visait se trouve aux antipodes des choix budgétaires et économiques de la macronie qui sert les plus riches en attendant un improbable ruissellement en faveur des plus pauvres, considérés comme responsables de leur situation.

Lors du débat à l’Assemble nationale sur la loi asile et immigration, c’est Jean Jaurès qui fut pris en référence par le ministre Gérard Collomb pour vanter l’humanisme prétendu d’une loi qui durcit pourtant radicalement les conditions d’accueil pour les migrants et brise le droit d’asile. Jaurès était un défenseur acharné de la paix, de l’humanisme, de la justice. S’il était encore vivant pour siéger dans l’hémicycle, nul doute que ses idéaux et ses combats l’auraient porté contre ce projet de loi, et avec force.
Cette semaine encore, pour défendre la loi sur la formation professionnelle, qui réduit son champ d’application et considère au fond les chômeurs comme les premiers responsables du chômage, c’est Nelson Mandela qui fut pris en référence par la macronie. La liberté n’est pourtant pas le libéralisme économique. Et Nelson Mandela ne saurait d’être d’aucun secours pour vanter la mise en pièce de la formation professionnelle et de l’apprentissage.

En macronie, on marche sur la tête. Sciemment. Car la répétition de ces références totalement erronées pour qualifier le projet mis en oeuvre vise à faire passer des vessies pour des lanternes, c’est-à-dire un projet socialement injuste et dangereux pour les droits et libertés pour une politique émancipatrice. Comment ne pas penser à « 1984 » d’Orwell ?

Ce roman d’anticipation, écrit par l’écrivain engagé, utopiste, George Orwell, est un bijou de notre temps, de ceux qui ne prennent pas de ride. C’est le cauchemar de nos sociétés contemporaines. C’est une histoire, celle d’un pouvoir autoritaire qui efface les concepts et la pensée pour mieux contrôler les consciences. Le ministère de la Vérité vous surveille. Et le mot d’ordre du Parti vous poursuit :

LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE*

« 1984 » est un roman qui agit politiquement parce qu’il fonctionne comme un puissant contre-modèle de société. Il nous met en garde contre la manipulation. Il interpelle aussi sur les lâchetés cumulées, individuelles et collectives, qui peuvent conduire à des régimes totalitaires. « Depuis des décennies, à chaque pic de fièvre ou de peur, à chaque fois que la réalité rattrape la fiction, « 1984 » se hisse au sommet des meilleures ventes », lisait-on récemment dans Le Monde des livres. Une nouvelle traduction vient de paraître. Elle trône dans toutes les bonnes librairies. Et j’ai l’intuition qu’elle pourrait vite se hisser en tête des meilleures ventes… Sans doute avons-nous besoin de suivre Winston et Julia qui, dans le roman, prennent le parti pris de la résistance et de l’insoumission, et intègrent la Fraternité pour renverser Big brother…

*Je reprends ici la formulation la plus connue. Mais la nouvelle traduction parue chez Gallimard est la suivante :
GUERRE EST PAIX
LIBERTÉ EST SERVITUDE
IGNORANCE EST PUISSANCE