Loi contre les violences faites aux femmes : une immense déception

Par Clémentine Autain | 2 août 2018

Un 1er août, dans un hémicycle évidemment clairsemé, avec une salle des quatre colonnes vide, donnant lieu à de simples reprises dans la presse de la dépêche AFP, une loi famélique contre les violences faites aux femmes a été adoptée. La grande cause du quinquennat nous avait-on dit et redit… Misère.

La déferlante #MeToo n’aura pas été suivie d’une grande loi avec des moyens signant l’engagement inédit des pouvoirs publics pour accompagner concrètement cette libération de la parole. C’est une immense déception.

Face aux députés En Marche présents qui m’interrompaient sans cesse avec une véhémence singulière et peu démocratique – décidément, en macronie, il est difficile de supporter l’expression d’une opposition -, j’ai défendu une motion de rejet en réitérant notre volonté de voir advenir une grande loi cadre, avec des moyens sonnant et trébuchant pour accompagner les victimes de violences sexuelles, investir dans la formation des personnels de justice, de police, de santé, développer sérieusement l’éducation aux stéréotypes sexistes, soutenir le précieux travail du monde associatif et des travailleurs sociaux, assurer un nombre suffisant de places pour accueillir en hébergement d’urgence les femmes victimes de violences conjugales…Rien de tout cela n’est contenu dans la loi du gouvernement qui aura pour seul fait de gloire permis l’allongement du délai de dépôt de plainte pour les viols commis sur mineurEs, passant de 20 à 30 ans pour prendre en compte l’effet de l’amnésie traumatique. Il était temps mais, pour l’essentiel, le rendez-vous est manqué. Les Espagnols ont su le faire dès 2004. La Nouvelle Zélande vient de voter un congé de 10 jours pour les victimes de violence conjugale. Et nous restons l’arme aux pieds. Par manque de volonté politique. Par l’effet d’un imaginaire et de projets concrets étriqués, car colonisés par la sacro-sainte réduction des dépenses publiques avec laquelle les progrès sociaux deviennent contingents.

Sur ce sujet, je reste convaincue que nous aurions pu, du trouver un large consensus sur les bancs de l’Assemblée. Le rendez-vous est manqué.

ParcourSup, ou cachez-moi ces jeunes sans inscription que je ne saurais voir.

Par Clémentine Autain | 30 juillet 2018

Après le « Je n’ai pas porté de coup » d’Alexandre Benalla sur TF1, voici que le ministère de l’éducation nationale s’adonne lui aussi à la rhétorique Orwellienne. En effet, afin de masquer les défaillances du système ParcourSup, le gouvernement modifie l’apparence de la plateforme : les candidats mis en attente pour une proposition d’affectation sont désormais inscrits comme « candidats inactifs ». Comme s’ils portaient la responsabilité du manque de places dans l’enseignement supérieur…

Le gouvernement s’active lui, et tente désespérément de chercher quelques combines pour masquer le fiasco. Il demande par exemple aux universités d’accepter 10% de candidats supplémentaires par rapport au nombre réel de places. Il ferait pourtant mieux d’étudier l’impact de la démographie à long terme, et de voir la nécessité de nouveaux lieux de formation.

Quant à Muriel Pénicaud, ministre du travail, elle posait ce matin la question suivante au micro de France Inter : « Comment peut-on arriver à 20 ans et ne pas se projeter dans l’avenir ? ». Ces milliers de jeunes qui attendent une réponse sur ParcourSup forment probablement une partie de la réponse.

1984 d’Orwell, la macronie et nous

Par Clémentine Autain | 26 juin 2018

Le candidat Macron avait choisi pour titre de son livre de campagne un mot, emprunté aux forces politiques qui lui sont adverses : Révolution. Ce choix annonçait la couleur. Les mots et les références doivent brouiller les pistes et les esprits. Nous y sommes.

La ministre Marlène Schiappa a osé citer Karl Marx pour défendre les propos d’Emmanuel Macron sur les aides sociales qui coûtent « trop de pognons ». Pourtant, l’individualisme et la méritocratie promues par LREM n’ont absolument rien à voir avec l’émancipation des travailleurs voulue par Marx. Le partage des richesses qu’il visait se trouve aux antipodes des choix budgétaires et économiques de la macronie qui sert les plus riches en attendant un improbable ruissellement en faveur des plus pauvres, considérés comme responsables de leur situation.

Lors du débat à l’Assemble nationale sur la loi asile et immigration, c’est Jean Jaurès qui fut pris en référence par le ministre Gérard Collomb pour vanter l’humanisme prétendu d’une loi qui durcit pourtant radicalement les conditions d’accueil pour les migrants et brise le droit d’asile. Jaurès était un défenseur acharné de la paix, de l’humanisme, de la justice. S’il était encore vivant pour siéger dans l’hémicycle, nul doute que ses idéaux et ses combats l’auraient porté contre ce projet de loi, et avec force.
Cette semaine encore, pour défendre la loi sur la formation professionnelle, qui réduit son champ d’application et considère au fond les chômeurs comme les premiers responsables du chômage, c’est Nelson Mandela qui fut pris en référence par la macronie. La liberté n’est pourtant pas le libéralisme économique. Et Nelson Mandela ne saurait d’être d’aucun secours pour vanter la mise en pièce de la formation professionnelle et de l’apprentissage.

En macronie, on marche sur la tête. Sciemment. Car la répétition de ces références totalement erronées pour qualifier le projet mis en oeuvre vise à faire passer des vessies pour des lanternes, c’est-à-dire un projet socialement injuste et dangereux pour les droits et libertés pour une politique émancipatrice. Comment ne pas penser à « 1984 » d’Orwell ?

Ce roman d’anticipation, écrit par l’écrivain engagé, utopiste, George Orwell, est un bijou de notre temps, de ceux qui ne prennent pas de ride. C’est le cauchemar de nos sociétés contemporaines. C’est une histoire, celle d’un pouvoir autoritaire qui efface les concepts et la pensée pour mieux contrôler les consciences. Le ministère de la Vérité vous surveille. Et le mot d’ordre du Parti vous poursuit :

LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE*

« 1984 » est un roman qui agit politiquement parce qu’il fonctionne comme un puissant contre-modèle de société. Il nous met en garde contre la manipulation. Il interpelle aussi sur les lâchetés cumulées, individuelles et collectives, qui peuvent conduire à des régimes totalitaires. « Depuis des décennies, à chaque pic de fièvre ou de peur, à chaque fois que la réalité rattrape la fiction, « 1984 » se hisse au sommet des meilleures ventes », lisait-on récemment dans Le Monde des livres. Une nouvelle traduction vient de paraître. Elle trône dans toutes les bonnes librairies. Et j’ai l’intuition qu’elle pourrait vite se hisser en tête des meilleures ventes… Sans doute avons-nous besoin de suivre Winston et Julia qui, dans le roman, prennent le parti pris de la résistance et de l’insoumission, et intègrent la Fraternité pour renverser Big brother…

*Je reprends ici la formulation la plus connue. Mais la nouvelle traduction parue chez Gallimard est la suivante :
GUERRE EST PAIX
LIBERTÉ EST SERVITUDE
IGNORANCE EST PUISSANCE

Glyphosate, les points sur les I

Par Clémentine Autain | 1 juin 2018

(Notre engagement contre un procès d’une injustice crasse)

Sur les réseaux et dans les médias, personnellement et collectivement, on me, on nous reproche notre absence lors du vote à l’Assemblée nationale sur un amendement contre l’utilisation du glyphosate. Ces attaques me mettent particulièrement en colère parce qu’elles me paraissent d’une profonde injustice.

François Ruffin a écrit un texte que je vous recommande pour comprendre la situation. J’emboite le pas de l’explication. En m’étonnant d’abord que ceux qui nous traquent à ce sujet ne se focalisent pas sur l’essentiel : Emmanuel Macron s’était engagé contre l’utilisation du glyphosate, il n’a pas tenu sa promesse et la majorité LREM à l’Assemblée n’a pas voulu protéger et adopter des mesures d’interdiction. C’est un choix politique. Pas le mien, pas celui du groupe FI dans lequel je siège. D’ailleurs, ma collègue Mathilde Panot avait posé une question au gouvernement quand la France avait lâché prise face au soutien de l’Union européenne à l’utilisation du glyphosate. Notre prise de position est connue depuis longtemps.

Le vote sur cet amendement est intervenu à 1h40 du matin, soit 40 minutes après la fin normale des séances de nuit. Il était difficile d’anticiper que ce vote important se déroulerait à ce moment-là. Le Président De Rugy a vu la fenêtre de tir et a préféré poursuivre jusqu’à ce point plutôt que de reporter au mardi après-midi où la présence des députés est nettement plus nombreuse. En séance, un seul de mes collègues tenait encore la tranchée, Loïc Prudhomme. Nous ne sommes que 17 dans notre groupe, impossible d’assurer une présence en nombre tous les soirs jusqu’à une heure du matin et plus. C’est une question physique. C’est aussi une question de répartition indispensable du travail. Et notre groupe est particulièrement présent et actif : nous n’avons vraiment pas de leçon à recevoir de ce point de vue.

Il est difficile d’imaginer comment le travail parlementaire se déroule. Jour et nuit – normalement jusqu’à une heure du matin. Week-end compris désormais bien souvent. Les textes s’enchainent. il faut les suivre, être présent en commission (souvent en même temps que les débats dans l’hémycycle), travailler pour préparer nos interventions, rencontrer des associations et personnalités pour enrichir notre travail, intervenir dans les médias pour faire connaître nos positions, être aux côtés des habitants que nous représentons, présents dans leurs initiatives, avoir nos propres réunions locales et nationales, participer aux manifestations en soutien aux mobilisations sociales… Et, accessoirement, dormir, maintenir un minimum de vie familiale, amicale, personnelle. Nous ne sommes que 17 dans notre groupe, le travail redouble, les tâches reposent sur un petit nombre d’élus.

C’est pourquoi, alors que nous travaillons sans relâche et que notre présence est nettement supérieure à la moyenne des députés, nous sommes particulièrement ahuris de nous voir reproché une absence quand c’est Monsieur de Rugy qui décide de dépasser les horaires normaux et que le gouvernement organise la surcharge asphyxiante du travail parlementaire.

Même si tous les députés du groupe FI avaient été là, l’amendement n’aurait pas été adopté. Alors il serait bien de pointer les responsabilités où elles se trouvent, non ?

Le combat contre le poison que représente le glyphosate continue.

Sur ce, je pars pour la séance de nuit sur le logement…