1984 d’Orwell, la macronie et nous

1984 d’Orwell, la macronie et nous

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Le candidat Macron avait choisi pour titre de son livre de campagne un mot, emprunté aux forces politiques qui lui sont adverses : Révolution. Ce choix annonçait la couleur. Les mots et les références doivent brouiller les pistes et les esprits. Nous y sommes.

La ministre Marlène Schiappa a osé citer Karl Marx pour défendre les propos d’Emmanuel Macron sur les aides sociales qui coûtent « trop de pognons ». Pourtant, l’individualisme et la méritocratie promues par LREM n’ont absolument rien à voir avec l’émancipation des travailleurs voulue par Marx. Le partage des richesses qu’il visait se trouve aux antipodes des choix budgétaires et économiques de la macronie qui sert les plus riches en attendant un improbable ruissellement en faveur des plus pauvres, considérés comme responsables de leur situation.

Lors du débat à l’Assemble nationale sur la loi asile et immigration, c’est Jean Jaurès qui fut pris en référence par le ministre Gérard Collomb pour vanter l’humanisme prétendu d’une loi qui durcit pourtant radicalement les conditions d’accueil pour les migrants et brise le droit d’asile. Jaurès était un défenseur acharné de la paix, de l’humanisme, de la justice. S’il était encore vivant pour siéger dans l’hémicycle, nul doute que ses idéaux et ses combats l’auraient porté contre ce projet de loi, et avec force.
Cette semaine encore, pour défendre la loi sur la formation professionnelle, qui réduit son champ d’application et considère au fond les chômeurs comme les premiers responsables du chômage, c’est Nelson Mandela qui fut pris en référence par la macronie. La liberté n’est pourtant pas le libéralisme économique. Et Nelson Mandela ne saurait d’être d’aucun secours pour vanter la mise en pièce de la formation professionnelle et de l’apprentissage.

En macronie, on marche sur la tête. Sciemment. Car la répétition de ces références totalement erronées pour qualifier le projet mis en oeuvre vise à faire passer des vessies pour des lanternes, c’est-à-dire un projet socialement injuste et dangereux pour les droits et libertés pour une politique émancipatrice. Comment ne pas penser à « 1984 » d’Orwell ?

Ce roman d’anticipation, écrit par l’écrivain engagé, utopiste, George Orwell, est un bijou de notre temps, de ceux qui ne prennent pas de ride. C’est le cauchemar de nos sociétés contemporaines. C’est une histoire, celle d’un pouvoir autoritaire qui efface les concepts et la pensée pour mieux contrôler les consciences. Le ministère de la Vérité vous surveille. Et le mot d’ordre du Parti vous poursuit :

LA GUERRE C’EST LA PAIX
LA LIBERTÉ C’EST L’ESCLAVAGE
L’IGNORANCE C’EST LA FORCE*

« 1984 » est un roman qui agit politiquement parce qu’il fonctionne comme un puissant contre-modèle de société. Il nous met en garde contre la manipulation. Il interpelle aussi sur les lâchetés cumulées, individuelles et collectives, qui peuvent conduire à des régimes totalitaires. « Depuis des décennies, à chaque pic de fièvre ou de peur, à chaque fois que la réalité rattrape la fiction, « 1984 » se hisse au sommet des meilleures ventes », lisait-on récemment dans Le Monde des livres. Une nouvelle traduction vient de paraître. Elle trône dans toutes les bonnes librairies. Et j’ai l’intuition qu’elle pourrait vite se hisser en tête des meilleures ventes… Sans doute avons-nous besoin de suivre Winston et Julia qui, dans le roman, prennent le parti pris de la résistance et de l’insoumission, et intègrent la Fraternité pour renverser Big brother…

*Je reprends ici la formulation la plus connue. Mais la nouvelle traduction parue chez Gallimard est la suivante :
GUERRE EST PAIX
LIBERTÉ EST SERVITUDE
IGNORANCE EST PUISSANCE