APRÈS L’ABANDON D’EUROPACITY : LA BATAILLE DES ALTERNATIVES

APRÈS L’ABANDON D’EUROPACITY : LA BATAILLE DES ALTERNATIVES

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Le projet inutile et anti-écologique EuropaCity du Triangle de Gonesse est définitivement mis au placard. Après des années de mobilisation citoyenne et politique, ce gigantesque centre commercial qui devait ouvrir ses portes au milieu des champs est finalement abandonné. C’est une première victoire et je tiens à saluer le travail aussi patient que déterminé du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG). Le gouvernement a été contraint de reconnaître que ce projet était « d’une autre époque, fondé sur une consommation de masse d’objets et de loisirs ». 

Nous avons gagné les esprits. Cette victoire ouvre les portes d’un autre imaginaire. Face au consumérisme, nous avons su faire entendre une autre idée du développement territorial, appuyée sur les besoins des habitants et la préservation de l’écosystème, loin des exigences du monde marchand. Nous nous battons pour créer plus de liens et de communs. Le développement économique des territoires périphériques de grandes métropoles ne peut se concentrer sur l’accumulation de toujours plus de centres commerciaux, de privatisations d’espaces pour une infinie consommation de biens et de services. La conscience de l’urgence climatique doit prendre le pas sur le dogme de la croissance infinie. Aux profits faciles mais incandescents, pratiques mais polluants, nous opposons la vision d’un essor des territoires respectueux des terres agricoles, qui s’inscrit dans le temps long et privilégie la création d’espaces de partage, de culture, de solidarité et de vie.

Pour un EuropaCity abandonné, combien de méga-complexes supplémentaires seront construits aux bords des villes ? Combien de commerces de proximité fermeront encore faute de tarifs concurrentiels et, avec eux, de centres-villes deviendront sinistrés ? Bien sûr, le développement d’activités et la création d’emplois doivent être encouragés, ils sont nécessaires pour l’insertion professionnelle dans des villes pour certaines devenues cités-dortoirs, ils sont indispensables à la mobilité qui doit se déprendre du tout voiture, ils sont décisifs pour améliorer la vie au quotidien. Mais quels emplois ? Quelles activités ? Quels transports ? C’est là qu’il faut entrer dans une vision rénovée du développement des territoires.

En Seine-Saint-Denis, des aberrations écologiques sont toujours à l’œuvre. Est-il réellement nécessaire de construire un quatrième terminal au sein de l’aéroport de Roissy, qui vise à doubler le nombre de passagers aériens d’ici 2037, quand on sait que l’avion est le plus polluant des transports ? De la même manière, le lancement des travaux du Charles de Gaulle Express, ce train qui traversera le département du 93 de l’aéroport Roissy au cœur de Paris, sans desservir aucune ville du département, avec un tarif prohibitif, vise-t-il sérieusement à répondre au manque de transports du quotidien ou répond-il aux impératifs économiques d’une concurrence entre toutes et tous ? Il faut poursuivre le combat pour la rénovation du RER B et la mise en fonctionnement le plus rapidement possible des lignes 16 et 17 de métro Grand Paris Express, dont les calendriers n’ont cessé d’être repoussés au cours des trois dernières années. Ces lignes répondent à un impératif de mobilité et de désengorgement là où l’Etat a failli à investir massivement dans des transports publics de qualité depuis des décennies. N’oublions pas que les retards de ces lignes de métro sont avant tout le fruit de restrictions budgétaires… Pourtant « la dette, la dette, la dette » n’a pas empêché les investissements jugés plus lucratifs, ailleurs. 

Sur le Triangle de Gonesse, la question des choix d’urbanisation reste entière. EuropaCity abandonné, quel projet va y prendre sa place ? Pour ma part, je défends le projet CARMA qui permettrait d’innover en développant une économie circulaire. Avec une ferme maraîchère, des formations aux métiers agricoles et de l’environnement, un lieu de recherche et de formation sur l’agriculture urbaine et périurbaine, un centre de tri des déchets ou encore des espaces de recyclages, nous avons une piste sérieuse pour donner du sens à ce que l’on bâtit, pour préserver l’environnement et répondre aux besoins véritables des habitants. Il s’agit de sortir nos rêves des injonctions publicitaires et nos politiques publiques de la folie consuméristes pour entrer dans une ère de l’utile, du partage, de la culture et de la soutenabilité des petits et grands projets.