Hôpitaux : l’austérité à l’assaut du soin

Hôpitaux : l’austérité à l’assaut du soin

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Dès l’arrivée à Robert Ballanger, cet hôpital du nord de la Seine-Saint-Denis, ça se remarque : la porte d’entrée des urgences est fissurée de long en large. Et comme un symbole, un des agents de sécurité nous précise que cela date d’avant sa prise de poste… il y a près de deux ans. « Il y a la même à Montreuil ! », nous assure une syndicaliste venant d’un autre établissement, présente lors de ma visite ce lundi matin. Oui, ces portes cassées aux entrées des urgences, elles doivent exister également dans d’autres centres hospitaliers sur le territoire. Et c’est d’ailleurs bien là le problème, celui du sous-investissement chronique des pouvoirs publics dans notre système de santé. S’il était le plus performant du monde en 1995, il n’est désormais qu’en 24ème position.

Sur ce sujet, Emmanuel Macron annoncerait très prochainement l’arrêt des fermetures d’hôpitaux sur le territoire jusqu’à la fin de son quinquennat. Heureuse nouvelle, certes. Mais s’il annonce un arrêt des fermetures, c’est bien qu’il y en avait ! En effet, une centaine de centres hospitaliers publics a disparu en cinq ans, sans compter qu’un tiers des maternités a déjà fermé en 20 ans. On commence à toucher à l’os. Donc après avoir accompagné cette désertification médicale sous couvert de « contraintes budgétaires », Macron tenterait de nous faire croire qu’il change de braquet. De la poudre aux yeux. Ce pouvoir en place, comme les précédents, est moulé dans les normes d’austérité qui compriment les dépenses publiques et ne permettent pas de garantir le progrès en matière de santé, pour toutes et tous. Le vieillissement de la population et les progrès médicaux devraient s’accompagner d’une amélioration du système de soin. Or nous assistons au burn-out à l’hôpital, à la désertification médicale, à la privatisation en marche de la santé, aux inégalités sociales et territoriales renforcées.

C’est aussi une approche technocratique et même bureaucratique qui semble aujourd’hui l’emporter, déshumanisant l’acte de soin. Les logiques de regroupement par la mise en place des Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT) accentuent volontairement les mutualisations et la disparition de certains services, les transferts de compétence et la concurrence intra et inter-établissements, là où seule la logique d’efficacité par rapport aux besoins de soin devrait prévaloir.

La situation que j’ai pu observer à l’hôpital Rober Ballanger est alarmante tant pour les patients que pour les personnels. Dès le début de la visite, entre les lits positionnés dans les couloirs, un ancien responsable du service des urgences il y a une quinzaine d’année nous tonne : « la situation ne cesse de se dégrader ». Très vite, le mot « découragement » vient lors des échanges, et revient ensuite inlassablement pour parler du moral des personnels. Les internes ne se pressent pas aux portes de l’hôpital alors que le nombre de patients pris en charge, lui, ne cesse d’augmenter (+3% sur l’année, +7% pour les urgences), pour atteindre les 237 admissions ce lundi.

Après la récente mobilisation des salariés de ce service d’urgence très sollicité, des postes supplémentaires d’aides-soignants ont été obtenus. L’ARS va également débloquer 7 millions d’euros pour la rénovation des urgences. Il s’agit maintenant de pérenniser ces avancées face aux menaces qui pèsent sur les services. Car on nous annonce déjà trois audits sur les finances de l’hôpital, destinés à préparer un prochain plan d’austérité sous l’égide du COPERMO (le Comité interministériel de performance et de la modernisation de l’offre de soins).

Tous ces plans, nous le savons, finissent par dégrader encore davantage les finances des établissements, les conditions de travail et donc l’offre de soins. Le regroupement des établissements, en éloignant les décideurs du terrain, crée les conditions d’une approche technocratique opposée à la logique de proximité qui devrait prévaloir. D’autres pistes pourraient au contraire être étudiées. Augmenter le taux de recouvrement des patients qui viennent de l’aéroport, revaloriser certains actes sous-financés, réinvestir dans les hôpitaux et ne pas juste déclarer un moratoire sur leurs fermetures…

Je tiens à réaffirmer mon soutien à toutes celles et ceux que j’ai pu rencontrer lors de cette visite, et qui m’ont interpellée sur leurs conditions de travail et d’exercice. Pour l’avenir de l’hôpital Robert Ballanger, pour défendre la pérennité de ces maigres avancées, obtenues à force de mobilisations, je serai à vos côtés. La santé est le premier de nos droits.