Le vent de la contestation

Le vent de la contestation

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Depuis plusieurs semaines, on observe un vent de contestation sociale souffler dans le monde.

Au Chili, la hausse du prix du ticket des transports en commun a porté des milliers de manifestants dans les rues. Au Liban, la création d’une taxe «WhatsApp» a mis le feu à une situation sociale rendue explosive par l’austérité et la corruption endémique. En Équateur, c’est tout le plan d’ajustement exigé par le FMI (et dont une mesure phare augmentait de 123% le prix du carburant) qui a été contesté par des milliers d’indigènes et paysans. En Colombie, ce sont les étudiants qui se sont soulevés massivement pour exiger l’augmentation du budget de l’enseignement public. A Haïti, les quartiers pauvres se sont dressés contre un gouvernement accusé de détournements de fonds. En Égypte, la figure du Président Sissi est devenue celle de la souffrance accumulée par des années d’austérité et de corruption pour une population durement réprimée par l’armée. En Algérie, et pour la 35ème semaine consécutive, les manifestants continuent à se retrouver pour dénoncer la corruption des dirigeants et exiger un changement radical de leur système politique.

Parfois, les gouvernements plient et retirent les mesures incriminées. Mais éteindre l’étincelle n’étouffe pas l’incendie, devenu carrefour des colères et d’une revendication de justice. Alors pour être audible face à la contestation d’un système économique assis sur les inégalités, les gouvernements recourent à la force. Multiplicité des revendications, unanimité de la réponse. Couvre-feu au Chili, où l’on dénombre onze morts et où le Président Sebastián Piñera a décrété l’état d’urgence et nommé un général de division à la tête de la défense nationale. État d’urgence décrété aussi en Équateur, où le Président Lenin Moreno a procédé au déploiement de la police et de l’armée dans la capitale du pays. Tout près de nos frontières, la contestation politique indépendantiste catalane fait face à une répression judiciaire insensée (des peines de prison ferme de neuf à treize ans pour les dirigeants à l’origine du référendum de 2017), et la réaction policière a choqué ce week-end par ses proportions. A Hong-Kong, nous avons vu des tirs à balles réelles sur des manifestants.

Cette exigence de justice, et le raidissement consécutif du pouvoir, que l’on observe partout dans le monde, nous le voyons aussi à l’œuvre dans notre pays. Comment ne pas songer au mouvement des gilets jaunes, dont le symbole a été repris à Beyrouth comme à Santiago ? Comment ne pas penser non plus aux violences policières devenues la marque infamante de l’exercice de Christophe Castaner ? Dans ce phénomène de rétrécissement des libertés, il faut constater que la France n’est pas à sa place historique et symbolique.

Alors que le gouvernement a sorti l’arsenal juridique pour faire ployer les cheminots qui nous alertent sur les risques que nous courons, alors qu’il répond par le canon à eau et le LBD au mouvement social des pompiers, nous nous rappelons que dans cette contestation sociale mondialisée, nous avons toute notre part à jouer pour plus de justice et de démocratie.

Le vent souffle, et il souffle fort.

Au Chili,
Au Liban
En Equateur
En Egypte