Le vent de liberté se lève

Le vent de liberté se lève

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Dans un contexte difficile, marqué par la crise sanitaire, une foule immense a déferlé dans toute la France, et singulièrement à Paris où 200.000 personnes ont marché ensemble pour dire non à la loi de Sécurité Globale. Les scènes de violence inouïe contre les migrants Place de la République puis le long tabassage de Michel Zecler dans le 17e à Paris au cri de « sale nègre » par des policiers ont glacé dans tout le pays. Alors que la température ne cesse de grimper, le ministre de l’Intérieur a pensé qu’en cassant le thermomètre, l’indignation se calmerait. Peine perdue. C’est la colère qui gronde devant cette idée folle d’empêcher de filmer des violences policières, et donc d’informer et de rendre possible la défense citoyenne.

Au-delà de l’article 24, aujourd’hui critiqué dans un édito du Monde comme dans le Figaro sous la plume d’Yves Thréard, ou mise en cause par la Défenseure des Droits comme par les syndicats de journalistes, toute la loi doit être mise au placard car elle vise une surveillance quasiment sans limite par drones ou la privatisation de la police. De plus, on n’y trouve rien sur la réforme indispensable de l’IGPN, qui doit devenir un organe extérieur à la hiérarchie policière. Rien sur les méthodes employées par la police pour qu’elles assurent la désescalade, et non la surenchère de violences, dans les doctrines de maintien de l’ordre. Rien pour assurer une plus longue et meilleure formation des policiers. Rien sur la nécessaire police de proximité, jetée aux oubliettes. Rien sur le récépissé pour les contrôles d’identité, indispensable pour lutter contre le contrôle au faciès qui est non seulement injuste mais crée de la défiance et donc de la tension à l’égard de la police. Et j’en passe, sur tout ce qui serait de nature à apaiser la situation, à répondre au sentiment d’injustice et aux violences comme au mal-être qui se développe parmi les policiers. Il faudrait sans doute commencer par changer le terme de « forces de l’ordre » pour parler de « gardiens de la paix ».

Cette semaine enfin, le Président Macron s’est dit choqué, comme le ministre de l’Intérieur. Ces mots sont terriblement tardifs sur une réalité qui n’est pas nouvelle. Surtout, ils ne sont d’aucune utilité s’ils ne sont pas suivis d’effet. Les dirigeants doivent décider et non seulement commenter pour éteindre l’incendie qu’ils ont eux-mêmes allumé. Le minimum syndical eut été la démission du préfet Lallement.

Nous assistons depuis plusieurs jours à des cafouillages insensés, piétinant notamment le pouvoir législatif. Nous attendons les actes qui traduiraient une prise de conscience véritable. Peuvent-ils être pensés et mis en oeuvre par ceux qui « s’étouffent » en entendant le mot violences policières, comme a osé l’affirmer le ministre Darmanin, ou refusent de le nommer, comme le Président Macron ?

La crise politique est à son comble. Elle peut d’ailleurs se muer en crise de régime vu le climat de tensions multiples qui traversent notre pays et le peu de respect pour le cadre républicain de ceux qui gouvernent. La mobilisation populaire est la meilleure garantie pour faire reculer le gouvernement. Elle s’est levée aujourd’hui. Au nom des libertés et de la démocratie. Ce n’est qu’un début mais souffle d’espoir !

Clémentine Autain