« On devrait pouvoir s’offrir quelques années de printemps » Marguerite Duras

Les corps accusent les choix politiques

Clémentine Autain

Dans le fond de l’air, je sens une tentation forte : parce que l’heure est grave, il ne faudrait pas « polémiquer ». J’entends ici et là cette assertion : « après tout, c’est partout pareil, non ? ». J’ai peur que l’on confonde polémique et débat démocratique. Et que la ressemblance des choix politiques à l’échelle planétaire enferme nos représentations, nos imaginaires.

L’esprit critique est un puissant levier d’invention. Dire non, c’est avancer vers un oui. Il y a du déjà là dans ce que je, nous défendons comme horizon commun. Des expériences de partage, de démocratie active, de développement alternatif, des pratiques concrètes soucieuses de l’écosystème, solidaires, coopératives. Pour autant, même si je préfère l’exemple gouvernemental des gauches portugaises à la Hongrie d’Orban, je ne connais pas de modèle d’État dont je me dise : c’est ça !
La polémique, c’est la vivacité du débat. Je n’aime pas quand elle se substitue à la confrontation sur le fond, quand elle manie la malhonnêteté, quand elle n’éclaire pas mais caricature les positions. En un mot, quand elle se confond avec la démagogie.

Dans ce moment tragique que nous traversons, nous devons assumer le débat, tenter de l’élever, le solenniser sans doute aussi.

Nous traversons une crise sanitaire qui dit la gravité des choix gouvernementaux, passés et immédiats. La politique est une question de vie ou de mort. Les décisions des dirigeants ont toujours un impact sur la santé mais aujourd’hui, leurs répercussions sur les corps, la possibilité de la vie elle-même, nous saute aux yeux.

Il n’y a qu’à songer aux personnels soignants. Sans masques, sans protections suffisantes de toutes sortes, le monde médical est au front sans moyens suffisants pour échapper au virus. Faute de tests, difficile d’avoir une appréciation précise du nombre de contaminations mais il est clair que les infirmières, les médecins, les aides-soignantes qui travaillent pour sauver des vies prennent un risque vital. Le manque d’anticipation de l’État pour fournir ce qu’il faut afin de soigner sans danger est en cause, comme je l’ai souligné maintes fois.

Des témoignages indirects de personnels hospitaliers qui ne se plaignent pas outre mesure sont arrivés à mes oreilles. Le nez dans le guidon pour faire face, concentrés pour remplir au mieux leurs tâches essentielles, avec une certaine fatalité sur les conditions collectives pour affronter le virus, ils et surtout elles ne ressentent pas les décisions politiques comme inacceptables. M