L’impunité est un choix politique

L’impunité est un choix politique

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La scène, glaçante, a largement circulé. Qu’en aurait-il été si quelqu’un ne l’avait filmée et si le journaliste indépendant Taha Bouhafs ne l’avait pas mise en circulation ? On y voit deux policiers des Hauts-de-Seine, rigolards, sur le bord de la Seine à l’Ile-Saint-Denis alors qu’un homme s’est jeté dans l’eau pour fuir une interpellation. L’un d’eux dit : « Un bicot c’est ça, ça nage pas ». Et il ajoute : « Ça coule, tu aurais dû lui accrocher un boulet au pied ». Un peu plus tard, pendant peut-être trois minutes, on entend quelqu’un être frappé dans le fourgon et des policiers qui rient autour. 
Ces images donnent donc à voir des propos racistes et des faits de violence policière. Elles résonnent avec une sombre page de notre histoire, celle du 17 octobre 1961 où des Algériens avaient été noyés dans la Seine à Paris. Elles entrent en écho avec le tragique décès de Zyed et Bouna fuyant un contrôle de police, qui a embrasé les banlieues populaires en 2005. Les drames ne sont pas comparables mais ce qui fait répétition doit nous interpeller. Car les scènes rapportées ou filmées de ce type de discriminations, insultes, agressions de la part de force de l’ordre vis-à-vis d’une partie de la population ne sont malheureusement pas isolées. 
Les propos racistes et violents de la part de policiers doivent être sanctionnés, vite et fort. Le ministre Castaner a annoncé la saisie de l’IGPN. Trop souvent, les affaires s’y trouvent ainsi enterrées. C’est au gouvernement d’agir. C’est à lui de prendre en considération ce qui relève d’un problème structurel pour que le maintien de l’ordre se fasse toujours dans le cadre républicain, en garantissant nos valeurs fondamentales. L’impunité est un choix politique. Il ne peut produire qu’un seul résultat : une amplification de ces actes intolérables et une défiance toujours accrue vis-à-vis de la police. 

Clémentine Autain