Non, les JO ne ruissellent pas en Seine-Saint-Denis

Non, les JO ne ruissellent pas en Seine-Saint-Denis

Publié dans

Fidèle à la tradition républicaine, j’ai participé à l’accueil du Président de la République venu à Tremblay-en-France pour une visite du nouveau City Stade. La journée de déplacement d’Emmanuel Macron était consacrée au sport, et en particulier aux JO et à leurs répercussions en termes d’infrastructures de proximité. La Seine-Saint-Denis était mise en valeur, la ville de Tremblay était honorée de voir son dynamisme en matière de vie sportive salué. Pour autant, comment être dupe de l’opération de communication ?

Partons de la réalité. Les retards accumulés pèsent de tout leur poids sur l’égalité dans l’accès au sport pour les habitants de notre département. La population de Seine-Saint-Denis a six fois moins accès aux équipements sportifs que le reste des Français. Le nombre de licenciés moyen est de 12,4 pour 100 habitants dans le 93, contre 21,4 dans le reste de la région Île-de-France. Chez nous, un jeune sur deux ne sait pas nager. Il faut dire qu’avec 36 bassins de piscine pour ses 1,5 million d’habitants, la Seine-Saint-Denis est le département le plus mal loti.

Puisque JO il y a, la question de l’héritage pour les habitants devient essentielle. Lors de la candidature de Paris pour l’organisation des JO de 2024, le fait que de nombreuses épreuves auraient lieu dans le 93 a été mis en avant. Or, le département a perdu le bénéfice d’accueillir les épreuves de natation, water-polo, badminton et volley pour des questions de budget, les infrastructures existant déjà à Paris et dans le 92. Restent le tir à La Courneuve, l’athlétisme au Stade de France et éventuellement l’escalade au Bourget. Le village des médias, au cœur de l’aire des vents à Dugny, à l’origine non prévu dans le cahier des charges, perd de sa pertinence pour les organisateurs dans la mesure où il est éloigné de la majorité des épreuves reines des JO. Sans compter qu’il artificialise des sols, raison pour laquelle je suis engagée dans les collectifs qui s’opposent à ce choix d’implantation…

Au total, l’expression « le compte n’y est pas » décrit a minima la situation. Après les Jeux, il restera en Seine-Saint-Denis cinq piscines, deux bassins à réinstaller, un mur d’escalade et quelques terrains d’entrainement. La promesse de se servir des jeux pour rattraper les carences en équipements est donc très loin d’être tenue au regard de l’écart terrible qu’il reste à combler. Et ce ne sont pas les 40.000€ promis hier par Macron pour chaque nouvel équipement qui permettront de compenser le manque structurel d’investissement. Si je suis sincèrement heureuse que Sevran ait pu décrocher une piscine olympique, comment ne pas déplorer l’arbre qui cache la forêt ? C’est pourquoi je peinais à sourire devant un Président qui met en scène des retombées qui ne sont clairement pas au niveau des besoins des habitants du 93 ni de l’exigence d’égalité entre les territoires. Je comprends la joie des jeunes et des entraîneurs devant l’honneur qui leur était fait par la présence du chef de l’État. Mais cela n’empêche pas de ressentir un goût d’amertume devant de belles images en boucle sur les chaines d’info qui masquent la pauvreté de l’investissement pour les populations qui en ont le plus besoin.

Clémentine Autain