Plan pour la Seine-Saint-Denis : un pied dans la porte, poussons-la !

Plan pour la Seine-Saint-Denis : un pied dans la porte, poussons-la !

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J’ai participé à la réunion organisée par le Premier ministre pour annoncer 23 mesures pour la Seine-Saint-Denis.

Ce moment marque une étape : l’État semble prendre conscience de la situation « hors norme » de ce département, où la population particulièrement jeune et dynamique fait constamment face à des services publics à la peine, en nombre insuffisant. Le suicide de la directrice d’école Christine Renon a donné à voir de façon tragique l’état de stress et de détresse dans laquelle se trouvent les personnels, souvent épuisés à devoir assurer leurs missions avec des bouts de ficelle et des exigences technocratiques exponentielles.

Nous avions une inquiétude : que le rapport dit Cornut-Gentille finisse dans une étagère sous la poussière. Il y a un an et demi, ce diagnostic mettait en évidence une cruelle réalité en démontrant que notre département reçoit moins de dotations de l’État que les autres départements en matière d’éducation, de justice et de police que les autres départements. Et ce, indépendamment de la situation sociale particulièrement difficile de ses habitants. C’est pourquoi nous avions lancé une grande mobilisation d’élus du Parlement, des municipalités et du département, toutes tendances politiques confondues, ce qui est assez inédit, pour interpeller fortement l’État sur ses responsabilités. Il y a quatorze mois, le Premier ministre nous avait reçu pour un échange qui devait déboucher sur des propositions concrètes. Nous y voilà.

Ce plan annoncé de 23 mesures, c’est un pied dans la porte. Le rapport ne finira pas sous la poussière, notre mobilisation n’a pas été veine. Ce n’est pas rien. Des postes supplémentaires sont promis, des moyens supplémentaires sont déployés. Mais nous sommes loin du plan de rattrapage pluriannuel que nous appelions de nos vœux, seul à même de combler des décennies de défaut de la part de l’État. Nous devons prendre le temps d’analyser précisément les propositions que nous avons découvert ce matin. Certaines annonces ne font qu’entériner des annonces antérieures, comme la réfection du tribunal de Bobigny. La prime de 10.000 euros pour fidéliser les agents est une bonne idée. Pour autant, nous ne savons pas qui elle va concerner précisément. Les agents de fonction publique hospitalière seront-ils concernés ? Ce n’est pas certain alors même qu’il s’agit d’un secteur particulièrement en souffrance. Nous ne savons pas non plus si cette mesure aura un caractère rétroactif pour les personnels en poste depuis un an, deux ans… Et est-ce que cette prime portera aussi sur les personnels hospitaliers ? Par ailleurs, pour fidéliser, il est surtout décisif d’améliorer les conditions de travail des agents.

Les 20 millions d’euros dédiés par l’État à l’investissement dans le bâti pour assurer le dédoublement effectif des classes de CP et CE1 sont bienvenus mais on peut s’interroger sur la somme quand on sait que la construction d’un seul collège coûte plus de 20 millions. L’éducation est plus globalement le parent pauvre de ce plan, ce que je regrette profondément. Et les collectivités ne voient pas non plus leurs moyens d’action soutenus de façon inédite alors que le département et beaucoup de mairies ont des budgets si comprimés à force d’austérité que l’on touche à l’os.

Je m’engage à suivre de près la mise en application de ces mesures et à œuvrer pour que nos efforts collectifs permettent de pousser la porte pour obtenir des moyens répondant à la promesse républicaine d’égalité.

Clémentine Autain