Des bombes sans droit n’apportent pas la liberté

La guerre et le piétinement du droit international, c’est la paix et la liberté. L’agression israélo-états-unienne contre l’Iran a des accents orwelliens. Refuser avec netteté cette logique : là est l’urgence.

Les liesses de joies du peuple iranien à la mort d’Ali Khamenei disent l’aspiration vitale, urgente, d’en finir avec ce régime violent. Mais les buts et les méthodes de guerre de Benyamin Netanyahou et Donald Trump tournent le dos à la liberté et à la souveraineté des peuples. Ces deux dirigeants d’extrême droite ne cachent même pas leurs appétits virilistes de puissance. Or le retour des impérialismes agressifs et de la loi du plus fort menacent de déstabiliser toute une région, déjà fragile, et d’imposer un nouvel ordre international. Et comme en Irak en 2003, ce chemin des bombes sans droit n’apportera pas de solution émancipatrice durable au peuple iranien.

Le droit international est désormais si bafoué que le risque est de s’y habituer. Avec l’agression de l’Ukraine, les horreurs abominables de Gaza, la capture de Maduro ou les menaces sur le Groenland, le respect des règles internationales s‘effondre. Cette désagrégation vient de loin. Elle a été façonnée par le manque de détermination des États à défendre les institutions onusiennes et la remise en cause progressive du multilatéralisme. L’internationale autoritaire et réactionnaire profite de cet affaiblissement pour imposer la loi du plus fort et la jungle.

L’attaque de l’Iran s’inscrit dans ce processus en cours, hautement dangereux pour la paix à travers le monde. Ne présentant pas le caractère de la légitime défense, la guerre israélo-états-unienne contre l’Iran aurait dû faire l’objet de l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Car contrairement à la fable de Trump et Netanyahou, ces frappes en Iran ne sont ni préventives, ni préemptives. 

Le secrétaire d’État Pete Hegseth l’a reconnu ouvertement : les États-Unis « ne mènent pas un exercice de construction de démocratie ». D’ailleurs, Trump dit posséder « une très bonne idée » de qui doit prendre la suite de Khamenei. L’objectif, c’est le contrôle politique du pays par Washington, comme pour le Venezuela. C’est un enjeu de suprématie, de pouvoir, de rivalité entre puissances – en l’occurrence avec la Chine. Ce qui se joue, c’est la prédominance du dollar comme monnaie de réserve, la mainmise sur les flux de pétrole et le développement d’un secteur militaire de pointe. Le politique et l’économique s’entremêlent pour asseoir une domination. Les objectifs sont aussi intérieurs. À quelques mois des élections de midterms, Trump est en difficulté et cherche un prétexte pour déclencher l’Insurrection Act, l’état d’urgence militaire visant à mettre la population au pas. 

Le sanguinaire Netanyahou nourrit également ses visées impérialistes. Il ne veut pas seulement éliminer le risque sécuritaire en bombardant les bases de missiles en Iran ou arrêter le projet nucléaire iranien. Par cette agression qu’il nomme « le rugissement du lion », il entend remodeler toute la région et affirmer une supériorité. Et chemin faisant, se refaire une santé politique à un an des élections législatives. Une guerre, c’est source d’union nationale derrière le chef de l’État. Poutine en sait quelque chose.

Que fait l’Europe ? Une nouvelle fois, elle oscille entre silence ou ambivalence. Une nouvelle fois, elle semble pétrifiée, incapable d’affronter Trump et Netanyahou, de comprendre que les États-Unis ne sont plus des alliés. Une nouvelle fois, elle manque à son devoir et nous met en danger. Car la soumission, la mollesse, l’accommodement, ce n’est pas la solution. Il faut dire non à l’engrenage guerrier sans règles, sans droit. Il faut s’opposer au retour des logiques de puissance. Imaginez si l’Europe affirmait son refus… Si, soudée, elle cherchait à construire une coalition internationale pour défendre, avec détermination, un monde fondé sur des règles démocratiques et la coopération. 

Avec l’explosion des prix du pétrole et du gaz qui vont profiter aux États-Unis, l’engrenage actuel est aussi une menace économique pour l’Europe, et pas seulement pour la Chine. Allons-nous continuer à subir indéfiniment les assauts trumpistes ?

La France n’a pas inscrit ses pas dans ceux de l’Espagne pour s’opposer frontalement à Trump et Netanyahou. Pedro Sanchez a eu le courage de dire clairement non à la guerre, à la faillite du droit international, à la répétition des erreurs du passé – les conservateurs gouvernaient quand l’Espagne a participé à la guerre en Irak, dont on connaît aujourd’hui le sinistre résultat. Le président du gouvernement espagnol a pris son risque. D’ailleurs les menaces de représailles n’ont pas tardé. Emmanuel Macron a apporté son soutien à Sanchez, contrairement à Friedrich Merz qui a critiqué la position espagnole. Mais il est resté prisonnier de la crainte. Décidément, Macron manque d’audace et de cohérence sur le terrain international. Or le temps presse. Et les risques d’engrenage guerriers sont d’une extrême gravité. 

Clémentine Autain

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