Qui va payer la facture de la guerre en Iran, qui embrase toute la région ?
D’abord les populations civiles iraniennes ou libanaises massacrées par les bombes, dévastées par les peurs et les destructions, asphyxiées par des nuages noirs et acides après le bombardement de sites pétroliers. Des scènes apocalyptiques.
Le peuple iranien clame, à si juste titre, sa soif de liberté et de justice contre l’infâme régime des Mollahs. Mais la loi du plus fort et le piétinement du droit international imposés par Donald Trump et Benjamin Netanyahou ne peuvent apporter la démocratie et la paix.
En France, nous paierons le prix de l’incapacité à tenir tête, à affirmer un « non » clair, à défendre une position cohérente contre la brutalité et la jungle que veut imposer l’internationale réactionnaire et autoritaire.
La faiblesse des mots et la force de l’image d’Emmanuel Macron mettant à bord le porte-avions Charles de Gaulle en disent long sur le manque de colonne vertébrale de la position française. C’est Pédro Sanchez qui nous donne une leçon, celle de la dignité et de l’efficacité dans la durée. Car une chose est sûre : se comporter comme des carpettes face à Trump et Netanyahou nous conduira dans le mur.
Cette défaite annoncée se joue aussi sur un terrain très concret pour la population française, celui de l’énergie. Guerres et intérêts économiques s’imbriquent pour se répercuter sur notre quotidien.
Jusqu’à 2,50 euros le litre d’essence ! Les colères devant les pompes ne font que commencer. Les effets concrets du blocage du détroit d’Ormuz et des bombardements de sites de production sont à venir mais les pétroliers ont pris de l’avance. Ils profitent. Car les détenteurs du capital veulent toujours profiter. Sur notre dos, les multinationales confortent leurs marges. Les catégories populaires et les habitant·es des ruralités, qui ont besoin de leur voiture pour travailler, se soigner, faire leurs courses, vont prioritairement passer à la caisse.
Là aussi, il faut dire stop !
Or que fait le gouvernement ? De la com’. Refusant toute forme de gel des prix, il s’est lancé dans une absurde opération de contrôle des stations… Nous n’avons pas besoin de « name and shame », surtout quand les prix ne sont pas cachés mais publics. Nous avons besoin de régulation !
Ce qui est inadmissible, c’est que des grands groupes économiques confortent leurs marges pendant que ceux qui ont le moins rament pour payer leur essence, leur gasoil. TotalÉnergies vient de reverser 15,6 milliards de dollars à ses actionnaires pour 2025, et continue d’investir massivement dans des projets d’énergie fossile. Oui, il faut bloquer les prix.
Une nouvelle fois, ce qui est en jeu, c’est notre dépendance au pétrole, notre souveraineté, notre État qui doit être stratège et protecteur. Car non seulement nous devons garantir les tarifs pour le grand nombre mais aussi sortir des énergies fossiles. Les guerres se jouent désormais sur le terrain climatique. La décarbonation est un défi environnemental et une condition de la paix. Raison de plus pour rendre progressive la taxe carbone, investir dans le rail et les transports en commun, développer de petits véhicules électriques accessibles aux classes populaires.
Dans leurs folles guerres, Trump et Poutine cherchent à avoir la mainmise sur les ressources énergétiques. Face à eux, ce que nous devons défendre, c’est le partage et le droit contre la prédation et la loi du profit. Ce que nous devons enclencher de toute urgence, c’est la bifurcation écologiste. Et celle-ci passera par la justice sociale et la coopération internationale, ou elle ne passera pas.
Clémentine Autain

