À Orléans, le diable s’habille en RN

Clémentine autain Discours RN Orléans

Voici le texte de mon intervention samedi 24 septembre au meeting contre le RN à Orléans

 

« Lorsque les fascistes reviendront, ils auront le parapluie bien roulé sous le bras et le chapeau melon ». Peu après la seconde guerre mondiale, George Orwell nous mettait en garde. Déjà. Contre la stratégie de dédiabolisation et de banalisation.

Alors que le RN tient son 19e Congrès à Orléans, nous voyons la stratégie à l’œuvre.

En effet, Jordan Bardella en Une de Closer ne porte pas de croix gammée : il a plutôt des airs de gendre idéal, avec son storytelling qui va de la Seine-Saint-Denis au grand Prix de Monaco.

En effet, le RN est bien installé sous les dorures du Palais Bourbon : la présidente de l’Assemblée nationale dit d’ailleurs que Sébastien Chenu est un « bon vice-président ».

En effet, le milliardaire d’extrême droite Elon Musk s’exclame volontiers au sujet de la leader allemande Alice Weidel, comme il aurait pu le dire au sujet de Marine Le Pen : « Franchement, ça vous fait penser à Hitler, ça ? ».

Tout est fait pour qu’on efface.

Qu’on oublie.

Qu’on minimise le danger.

Mais nous n’oublions pas, nous savons.

Nous savons que le RN s’inscrit dans une continuité, celle du Front national, fondé par des anciens Waffen SS, des collabos sous Vichy et des membres de l’OAS.

Nous savons que Marine Le Pen a regretté d’avoir exclu son père du RN, ce Jean-Marie Le Pen multirécidiviste de propos négationnistes, qui s’est vanté d’avoir torturé en Algérie et voulait supprimer le droit à l’avortement.

Nous savons que les députés du RN s’opposent à toute contribution des ultra-riches et des multinationales comme aux mesures limitant les énergies fossiles. Et que Marine Le Pen veut supprimer des centaines de milliers de postes dans la fonction publique et détruire les protections sociales. Dans le programme du RN : 140 milliards d’économies sur le budget de l’État sont prévues d’ici 2034.

Nous savons que les maires RN censurent la création artistique, comme à Vauvert où Nicolas Mezonnet a fait annuler une exposition photo et un festival de jazz, comme à Castres, où Florian Azéma a déprogrammé la pièce Passeport d’Alexis Michalik qui retrace le parcours d’un réfugié érythréen, etc.

Nous savons que le RN prévoit une réforme constitutionnelle soumise à référendum qui, au prétexte de politique migratoire, pourrait instaurer la préférence nationale et enclencher la destruction de l’État de droit.

Nous savons que les distances officiellement prises avec l’antisémitisme ne sont qu’une façade, comme vient de le rappeler Mediapart en révélant les propos du jeune Bardella.

Nous savons aussi que le RN se trouve chaque jour un peu plus d’alliés à droite pour lui prêter main forte.

Les amis d’Éric Ciotti ont proposé de supprimer le mot « sexisme » de la loi dite intégrale contre les VSS et le député Gérault-Verny exhorte les « musulmans à quitter la France ».

David Lisnard, qui avance au galop vers l’extrême droite, dit n’avoir « rien à cirer » des Algériens noyés dans la Seine le 17 octobre 1961.

Et pendant ce temps-là, Vincent Bolloré tisse sa toile avec son empire médiatique pour mener une « guerre de civilisation ».

Nous sommes lucides : le néofascisme est en marche. Il a le vent planétaire dans le dos. Avec Trump et Netanyahou. Avec Milei et Poutine. Avec Modi et Méloni.

Dans ce sillon, le RN et ses alliés poussent sur le terreau du déclassement et de la peur, et s’enracine avec le sentiment de déclin et d’impuissance.

Leur néofascisme a redéfini le péril contre lequel un « nous » fantasmé devrait se souder contre un « eux », qui ne sont rien d’autres que des boucs émissaires.

L’extrême droite en a installé les nouveaux mots : « immigrationnisme », « wokisme », « grand remplacement », « islamo-gauchisme »…

Mais la colonne vertébrale reste inchangée depuis le XXe siècle : c’est la régénération d’une communauté imaginaire reposant sur une identité mythifiée et excluante car fondée sur le rejet de l’altérité comme la négation des inégalités et discriminations.

L’horreur à Trappes hier nous a rappelé que la haine de l’autre, le racisme, l’islamophobie tuent.

L’auteur de cet attentat raciste avait chez lui un exemplaire de Mein Kampf d’Adolf Hitler. Il a avoué avoir agi parce qu’il « n’en peux plus d’eux ».

Si nous en sommes là, c’est parce que le capitalisme porte le fascisme comme la nuée porte l’orage.

C’est parce que le néolibéralisme n’est pas un barrage à l’extrême droite : il en est la passerelle.

C’est parce que la macronie est un sommet d’irresponsabilité.

Face aux revendications des lycéens et du mouvement social contre la vie chère, c’est le vide politique.

Ne surtout rien lâcher.

Intimider.

Empêcher de contester.

Couvrir les violences policières.

Et se servir des scènes d’émeutes, de pillages et de feux, pour contourner l’obstacle des attentes sociales et commencer le travail de l’extrême droite en restreignant drastiquement les libertés publiques.

Aucune réponse politique n’est à ce jour apportée par un pouvoir qui ne cherche qu’une chose : faire diversion. Le pouvoir est incapable d’apaiser le pays qui a besoin de justice et de concorde.

C’est à nous de prendre toutes nos responsabilités pour « actionner le frein d’urgence », selon la formule du philosophe Walter Benjamin.

Vite.

Nous étions 800.000 à manifester le 17 octobre. Les sondages ont beau bégayer : les Français n’ont pas dit leur dernier mot.

N’attendons pas.

Prenons la mesure du danger.

Appuyons-nous sur l’aspiration aux ruptures qui se clament : le besoin d’être respecté, le désir d’une vie meilleure.

Nous ne combattrons pas le néofascisme par je ne sais quel énième « front républicain » avec les responsables du désastre.

Nous ne combattrons pas le néofascisme avec de l’eau tiède.

Nous ne combattrons pas le néofascisme avec le sectarisme.

Nous gagnerons parce que nous serons le nombre et la force sociale, culturelle, politique rassemblée. Parce que nous serons la joie et l’espoir.

 

Clémentine Autain

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