Qui veut nous voler le 1er mai ?

Qui veut nous voler le 1er mai

Personne n’en parle.

L’offensive mérite pourtant une bonne gauche.

À l’Assemblée nationale, le groupe Renaissance emmené par Gabriel Attal a choisi de reprendre la proposition de loi de LR, qui n’avait pas eu le temps d’être étudiée lors de sa niche parlementaire. Celle-ci vise à permettre aux salarié·es des commerces de proximité de pouvoir travailler le 1er mai.

En réalité, les artisans boulangers ou fleuristes peuvent déjà ouvrir leur magasin ce jour-là. Ce sont les salarié·es de ces commerces qui ne peuvent pas travailler le 1er mai. Ce changement favoriserait les grandes chaines, et non les petits artisans. En gros : Marie Blachère ou Brioche Dorée, Interflora ou Monceau fleurs, la Fnac ou Carrefour. Près d’un millions et demi de salarié·es sont concerné·es.

Les droites veulent ouvrir une brèche en mettant fin au seul jour obligatoirement chômé de l’année – sauf exception comme les transports, les hôpitaux ou les artisans-boulangers. Ce n’est pas la première fois que les droites s’en prennent à nos jours fériés. Ce grignotage rampant fait reculer nos droits. Avec le 1er mai, c’est aussi une attaque frontale du mouvement ouvrier qui a conquis cette journée et la consacre à la mobilisation sociale des travailleuses et travailleurs.

Pour asseoir cette proposition, on nous dit que deux salarié·es sur trois y seraient favorables. Comment s’en étonner ? Dans un contexte socialement très difficile, fait de hausse des prix et de salaires en berne, une majorité de salarié·es sont évidemment prêt·es à sacrifier un jour de repos pour joindre les deux bouts ou mettre un peu de beurre dans les épinards. Les droites profitent de la précarité pour pousser leur avantage.

Cette mesure, nous explique-t-on encore, reposera sur le volontariat. Comme s’il n’y avait pas de lien de subordination dans l’emploi et que nous étions libres de nos choix. Comme si le volontariat n’allait pas devenir progressivement la norme, faisant fondre la majoration salariale liée à ce jour férié. Comme si à la fin, cette remise en cause du 1er mai n’avait pas vocation à s’étendre à l’ensemble des salarié·es.

Pourtant, les pays de l’UE comptent en moyenne 12 jours fériés. Nous en avons 11.

Pourtant, les Français·es travaillent déjà plus que les Allemand·es, les Danois·es ou les Autrichien·nes.

Pourtant, 1 salarié·e sur 5 passe déjà plus de 48h par semaine dans l’emploi.

Supprimer un jour férié, c’est intensifier le travail. C’est nuire au repos comme aux activités solidaires, collectives. C’est empêcher plus encore la synchronisation des temps familiaux, amicaux, associatifs ou syndicaux.

Au moment où les liens se distendent et où la fatigue gagne, il ne faut pas supprimer des jours fériés mais en créer de nouveau ! Je plaide pour de nouveaux jours fériés, comme par exemple le 24 février, qui commémore l’abolition de l’esclavage par la République, ou le 8 mars, journée internationale des droits des femmes. Là est le progrès humain !

Au lieu de nous battre contre des régressions, j’aimerais que nous débattions à nouveau de la réduction du temps de travail. La semaine de 4 jours : voilà un beau débat ! Démarchandiser un peu plus le travail et réduire les déplacements pour relever le défi climatique, c’est le sens du partage des richesses, de l’intérêt commun, de la liberté.

En attendant, je serai dans l’hémicycle ce vendredi pour combattre cette loi. Et je vous invite à signer la pétition de la CGT pour défendre notre 1er mai – alloparlement.fr

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